mercredi 28 mai 2014

Calculer les rapports et sonder les mystères


Puisque ce mois de mai se termine et bien que je sois censé écrire une communication sur la science-fiction pour dans deux semaines, dans un grand élan civique pour relancer le désir d'écrire, je vais m'amuser à tester le gadget "Sondages" de Blogger.

Vous devez trouver ci-contre, à votre gauche, le choix d'une semaine plus consacrée au jeu de rôle au début du mois de juin.

J'ai mis quatre choix qui correspondent à quatre jeux dont j'ai déjà parlé au moins une fois, avec une assez vague tentative de catégoriser leur genre :

  (1) Arduin (Gonzo Fantasy années 70)
  (2) Jorune (Planetary Romance - Science Fantasy années 80)
  (3) Mindjammer (Transhumanist Space Opera années '10)
  (4) Mummy (Gothic/Superhero années 90)

Votez (et si possible si vous n'êtes que 4, ne dispersez pas vos voix de manière égale, hein ?). Avant le 30 mai à 23h59.

Add. Il semblerait que je n'ai même pas le droit de voter à mon propre sondage dans cette application. Votre voix sera donc vraiment souveraine (sauf si je me délogue de mon compte ?, ah, non, cela doit dépendre de l'ip ?).

Add.2 AAAARgh. Le widget de Blogger ne marche pas, on dirait. Il garde pourtant en mémoire mon vote (il me demande si je veux le changer et a bien mémorisé ma solution) mais continue de dire qu'il y a eu 0 voix... D'après ce forum, ce bug a l'air assez général.

Je soupçonne les Illuminati de vouloir empêcher l'essor de la démocratie participative 2.0, sans aucun doute (il faut informer DémocratieRéelle et leur rêve de κληρωτήριον athénien virtuel).

Add. 3 Mon espoir que les votes réapparaissent après la clôture était infondé. Je me demande pourquoi le gadget gratuit de Blogger a pu fonctionner à une époque. Aucun suffrage n'a été pris en compte et je vous conseille donc, pour ceux qui ne l'auraient pas fait, de les reprendre dans les commentaires avec extension jusqu'à la fin de ce long week-end du Pont, jusqu'au lundi 2 juin. 

Pour l'instant (Dimanche 1er juin, 15h), nous en sommes en effet à égalité entre Jorune et Mindjammer avec 40% chacun des cinq votes, plus 20% pour Arduin.

Add. 4 : Jorune en tête, avec 7 votants (18h).  Suspense intolérable.

dimanche 25 mai 2014

Phraints


Le créateur de jeu de rôle David Hargrave aurait eu 68 ans aujourd'hui mais il mourut trop tôt, il y a 26 ans. J'ai décrit rapidement son univers d'Arduin (plus la politique).

Hargrave plagiait tellement de sources aux débuts du jeu de rôle, mélangeant D&D et tout ce qui pouvait tomber sous la main, qu'Arduin ressemble à un carrefour du Multivers où vous pouvez mettre n'importe quoi, d'envoyés du Champion éternel de Moorcock à des Vaisseaux de Star Trek, et où des Chevaliers Gobelins chevauchent des Requins volants. D'après certains témoignages comme Lee Gold, cela avait favorisé une manière "californienne" de jouer, plus délirante que la version originelle du MidWest avec Gygax. Ce style si enthousiaste et peu sérieux est sans doute ce qui marque encore le plus ce qu'on appelle aujourd'hui l'Old School Renaissance

Greg Stafford fut à une époque assez proche de lui (Glorantha fut d'abord adapté pour Arduin avant la création de Runequest devant l'insatisfaction de Stafford) mais son propre monde de Glorantha réagit assez fortement contre ce grand athanor chaotique en insistant sur la cohérence mythologique. 



L'espèce insectoïde des Phraints est devenue un peu le symbole d'Arduin et de son monde de Khaas

Voilà comment ils étaient décrits laconiquement dans la première édition de 1977 (p. 84) : 

PHRAINTS : Dés de Vie 1+1 à 12+1. Classe d'Armure : 3-2. Dextérité : 17-24
Nombre : 1-40. % Mensonge : Ils ne mentent jamais.
Attaques : par arme ou griffe (entre 1d4 à 1d10 selon la taille), morsure (entre 1d4 à 1d8), plus un dard (1d2 + venin de Niveau 1+1).
Apparence : de grands guerriers insectes dressés debout de 9 pieds de haut [2,75m], de couleur métallique brillante bleue, verte ou gris argentée. Ils ressemblent à un mélange entre une Mante religieuse et une fourmi mais avec seulement deux pattes antérieures et deux bras. Ils portent habituellement des javelots ou des épées à deux mains.
Notes : Ils peuvent faire des sauts de 15 à 30 pieds de haut [4,5 m à 9 m] et ils le font en combat en lançant leur javelot au sommet de leur arc avant d'atterrir en tenant leur épée prête à frapper. Ils sont froids, sans émotion et logiques, de véritables "Mr Spock" insectes. 
Copyright Emperor's Choice

La caractéristique "% Menteur" est une gaffe célèbre de David Hargrave. D&D avait une erreur typographique où les monstres avaient un "% Liar" au lieu de "% in Lair" et Hargrave avait pensé que c'était une donnée nécessaire que de quantifier le niveau de fiabilité ou de mythomanie pour chaque créature. D'où cette idée que ces arthropodes logiciens ont "0%". 

Dès ce volume, il était impliqué que les Phraints pouvaient être une espèce jouable de personnage même si c'était peu détaillé (ils apparaissent dans les tables p. 15 comme "Amoraux, froids, logiques, avec une longévité de 300 ans" et dans les tables des rencontres, ils vivent en Jungle).


Ils ne deviennent une espèce vraiment jouable qu'en 1978 dans Arduin Grimoire Volume III : The Runes of Doom. On y apprend qu'ils descendent d'un Empire interstellaire de Hurakkuu qui s'est écroulé et que leurs descendants sur Arduin ont perdu leur ancienne technologie (même si certaines colonies peuvent encore trouver quelques reliques comme des lance-flammes ou disrupteurs soniques). 

La génétique Phraint avait distingué plusieurs castes et cela modifiait la couleur de leur carapace de chitine : 

(1) Phraints bleus : ouvriers
(2) Phraints verts : gestionnaires et cadres.
(3) Phraints d'or : noblesse et consorts de la Reine
(4) Phraints noirs : guerriers d'élite, adaptés pour survivre dans le vide de l'espace.
(5) Phraints rouges : mutants magiciens, capables de ressentir des émotions.
(6) Phraint d'argent : la Reine d'une colonie phraint. 

[Le texte d'Arduin Compleat et celui d'Arduin Trilogy se contredisent sur les Phraints d'or et la Phraint d'argent, intervertissant les deux couleurs, ce serait en fait la Reine qui serait une Phraint d'or. Choisissez votre version favorite ou bien décidez qu'il y a des colonies où la Caste d'or a formé ses propres Reines ? Je me demande si cela a pu influencer inconsciemment Greg Stafford pour les castes des Mostali et surtout des Vadeli ?]

Les terribles Phraints noirs (mélanges de Ninjas, de Xénomorphes et de Sardaukars) et les mages Phraints rouges (les seuls à éprouver des passions) ont tous disparu sur le monde d'Arduin aujourd'hui [ce que tout joueur de jeu de rôle un peu munchkin va interpréter comme signifiant qu'il veut en jouer un]. Les Bleus et Verts ont donc dû s'adapter en s'entraînant au combat mais ils n'accèdent pas à la magie (ils avaient en revanche une certaine dose de résistance à la magie dans certaines versions d'Arduin mais Arduin Compleat dit à l'inverse que leur résistance est très faible). Les Phraints sont tous mâles ou neutres sauf les Reines, et ils vivent généralement avec leurs frères de la même Branche de couvée (12-120 oeufs dans la Colonie par Branche). 

Les yeux à facettes multicolores des Phraints leur donne une vision à 320°. Ils ont de grandes antennes dorées. Leurs mandibules demandent qu'ils écrasent d'abord leur nourriture (souvent des fruits ou de la sève d'eucalyptus) pour ne pas étouffer. Ils apprécient un nectar, la liqueur de Lotus Rouge, qui est interdit dans leurs colonies et a des effets très toxiques sur eux. Ils peuvent rester debout pendant plusieurs jours et marcher sans fatigue pendant une semaine.




Les plus grandes colonies sont autour de la Grande Mer de Sable et de la Grande Mer des Hautes Herbes, et ils aiment piller les marais des Saurigs pour dévorer leurs oeufs. Une de ces Ruches contient parmi les trésors de la Reine le célèbre "Baiser des étoiles", un des plus beaux joyaux jamais taillés par les Nains. Les Phraints ne portent pas d'armure (leur carapace étant suffisante) mais ils aiment en revanche ajouter des ornements d'or ou des rubis étoilés à l'intérieur de cette chitine. 



Ils sont alliés d'une autre espèce insectoïde plus gigantesque mais également intelligente, les Argalanthis (qui mesurent environ 5 m et participaient aussi à l'antique Empire interstellaire). Ils n'ont en revanche pas d'affinité particulière avec les rares colonies des Tzikki, des sortes de fourmis géantes qui n'ont pas d'individualité. Leur incapacité à comprendre le concept d'émotion réduit leurs interactions (en termes de jeu, leur Charisme est médiocre). Ils peuvent être très loyaux mais leur Apathie logique a suscité un sentiment de supériorité qui les rend pénibles pour les autres espèces. Les Reines peuvent vendre des Branches comme mercenaires à d'autres nations (la plupart restent si loyaux à leur Ruche qu'ils envoient ensuite leurs revenus à la colonie) mais certains Phraints deviennent des marginaux. S'Kreer est un célèbre bandit Phraint équipé d'un Javelot de foudre et qui dirige sa propre troupe de voleurs.  

Pour ceux qui voudraient l'adapter à une version D&D Basic, Jeff Rients en a fait une version. Il y a aussi une version détaillée pour Pathfinder. Avant les Phraints, il y avait déjà eu les Dreenoi de Starguard. Depuis D&D a eu ses Thri-Kreens (qui ont 6 membres) ou les Vrusks de Star Frontiers (ou "Rastipèdes" dans Spelljammer, qui ont 8 pattes antérieures plus deux bras), Ashen Stars a ses Kch-Thks (6 membres). 

vendredi 23 mai 2014

Traductions de cartes


Une des marques de la fantasy depuis Tolkien est la cartophilie. Il est maintenant rare qu'un roman de ce Genre ne soit pas accompagné d'un tel outil et The Onion s'en était moqué encore récemment.

Cela en est arrivé au point que j'ai même du mal à lire un roman fantastique si je ne trouve pas de carte à l'intérieur, comme si j'avais un exemplaire mutilé ou comme si cela me faisait craindre que l'auteur ait pu négliger tout travail de création de son univers (alors que généralement, hélas, c'est le contraire, ils ont passé plus de temps sur leur univers que sur leur récit ou leurs personnages).

Cela fait partie du plaisir de lecture que de suivre une illustration de manière non-linéaire et de penser aux régions qui ne sont pas du tout couvertes dans le récit - si le récit a du moins l'intelligence de laisser des zones de la carte non-explorées pour donner une impression de profondeur (la Mer de Rhûn chez Tolkien me faisait plus rêver que toute la Comté parce que je savais qu'on n'en saurait jamais rien de plus).

Bien que les snobs qui vous répètent toujours qu'il faut lire en VO (pour bien vous rappeler que eux lisent en VO) soit souvent horriblement agaçants (ce blog exemplifiant le même travers), dans le cas des romans de fantasy, on a un problème récurrent qui est que de nombreux éditeurs français ne semblent pas toujours s'adapter vraiment à la traduction de la carte.

La traduction Ledoux du Hobbit avait déjà eu la carte avec "Les Lapins" à la place de "Hobbits", et là, je tombe sur cette traduction d'une énième série (qui me semble très générique, mais je ne l'ai pas lue) avec des dragons, Memory of Flames de Stephen Deas.

Voilà l'est le sud de la carte de la VO (oops, je n'avais pas vu l'orientation) :


Et voilà ce que cela donne dans la VF (Source Les Rois-Dragons, la carte est retirée du premier volume et n'apparaît que dans le second, les Rois des Cîmes) :


Générique dans les deux langues mais trop minimaliste en français. (En revanche, j'aime bien "A-Pic" pour Cliffton ou "L'Eau qui dort" pour "Stillwater").

[Comics] Réessayer le nouvel univers 52


Je n'ai pas acheté de comic books depuis longtemps mais je viens de reprendre un petit essai avec Comixology (au moment même où on dit qu'Amazon a amoindri leurs avantages).

Le format est assez agréable comme on peut voir case par case avec une loupe, ce qui donne une expérience de lecture très différente. En revanche, je trouve que cela reste relativement cher (dans les 3 euros pour un fichier). Un avantage à mes yeux serait le défaut pour d'autres : on n'a pas à culpabiliser pour l'espace réel de stockage papier grâce au fichier.

Aquaman #30
Depuis le #26, c'est Jeff Parker qui est le nouveau scénariste, avec Paul Pelletier aux dessins et je commence donc trop in medias res pour bien suivre. Le personnage - connu comme l'un des moins populaire de DC - doit avoir enfin acquis un public nouveau puisqu'il aurait bientôt un second titre régulier. Ici, l'histoire du Roi Arthur d'Atlantis rejoint la mythologie grecque de Wonder Woman et Arthur lutte contre le demi-frère de WW, Hercules. Hercules est le tueur de Monstres devenu lui-même un Monstre et possédé par d'anciennes créatures des abysses. Pendant ce temps, l'épouse d'Aquaman, Mera, qui règne sur Atlantis, doit lutter contre des rebelles avec l'aide de Tula, la demi-soeur d'Arthur, et sur une île, un savant-fou prépare un nouveau Kraken/Kaiju...

C'est un peu ce que je m'attendais à lire et pas déplaisant, mais pas franchement original. Je ne trouve pas que le nouvel Aquaman ait encore réussi à rendre cette version d'Atlantis assez intéressante.

Wonder Woman #31
C'est l'hécatombe chez les Dieux. Zeus avait déjà disparu depuis le début, l'arrogant Apollo avait pris le pouvoir (on n'a toujours pas vu Athéna depuis le début de la série) et Héra avait perdu son immortalité (changeant au fil des épisodes de la principale ennemie en alliée des Enfants illégitimes de Zeus autour de Wonder Woman).

Depuis que le Premier Né des enfants de Zeus est revenu, il a causé la mort d'Arès, le mentor de Wonder Woman, ce qui fait d'elle la nouvelle Déesse de la Guerre. Le Premier Né a ensuite détrôné Apollon et même détruit Hadès, il part tuer tous les Olympiens les uns après les autres, même s'il n'a quasiment aucun allié sauf un Minotaure et des hommes-hyènes.

Wonder Woman est aussi nommée comme Reine des Amazones depuis la pétrification de sa mère Hippolyte mais Eris a semé à nouveau la dissension parmi les Amazones contre leur monarque réformiste qui veut leur faire accepter désormais de partager leur île gynocratique avec les enfants de sexe mâle. Elle prépare un assaut contre le Premier Né avec ce lui qui reste d'Olympiens, Hera, Héphaïstos, Aphrodite, Eros, la violente Artemis, le mal en point Dionysos (une réussite de la série dans son côté à la fois attirant et repoussant).

J'aimais beaucoup cette série mais depuis l'arrivée du Premier Né, je m'ennuie. Il semble ne servir que de prétexte à de la violence sadique répétitive. C'est l'exemple même de l'antagoniste sans psychologie (en dehors de sa vengeance aveugle) et sans aucun intérêt. Le scénariste semble pris dans une inflation de puissance depuis son arrivée alors qu'il avait évité ce péril dans ses intrigues précédentes qui servaient à introduire les divers dieux.

Infinite Crisis: Fight for the Multiverse #1
La Crise des Terres infinies est rétrospectivement devenue une malédiction pour le Multivers DC. Cette bonne histoire de 1986 a tellement traumatisé les auteurs qu'ils manifestent une compulsion lassante à la réitérer sans cesse. Ici, on a en plus une seconde catastrophe qui frappe les comic-books contemporains, l'adaption sous licence d'un jeu vidéo de combat, si j'ai bien compris, où la Crise ne sert que de prétexte pour que des héros ou des vilains divers puissent s'unir et se battre arbitrairement. Cela a beau être écrit par les bons Abnett & Lanning (les auteurs des Guardians of the Galaxy tels qu'ils viennent d'être adaptés au cinéma), c'est médiocre. Tout un numéro uniquement pour quelque chose qu'on pourrait montrer en trois pages : Nix Uotan, le dernier Monitor des 52 dernières Terres qui avaient survécu envoie Harbinger de Terre-48 pour commencer à recruter des héros de diverses Terres pour se préparer une nouvelle fois à un remake du même scénario. On la voit voyager vers Terre-17 (post-apocalyptique), Terre-19 (steampunk), Terre-20 (Pulps) ou Terre-41 (?)  mais on n'a pas vraiment montré qui elle va engager. Même les auteurs ne donnent pas trop l'importance de croire à cette introduction.

Pour indications voici quelques-unes de ces 52 Terres :

Terre-0 : l'univers DC normal actuel (qui ne s'appelle plus Terre-1)
Terre-1 : copie de l'Âge d'argent
Terre-2 : univers de Justice Society qui correspondrait à ce que serait devenu l'univers DC des années 40.
Terre-3 : univers inversé de la Crime Society.
Terre-4 : univers Charlton
Terre-5 : univers Fawcett
Terre-8 : parodie de l'univers Marvel
Terre-9 : univers Tangent
Terre-10 (ex-Terre-X) : univers des Freedom Fighters
Terre-11 : univers des sexes inversés
Terre-17 : univers post-apocalyptique
Terre-20 : univers Pulp (20 comme années 1920)
Terre-22 : univers de Kingdom Come
Terre-26 : univers des animaux de Captain Carrot & The Zoo Crew
Terre-30 : univers où Superman est soviétique
Terre-31 : univers de Dark Knight Returns de Frank Miller
Terre-50 : univers Wildstorm
Terre-51 : terre détruite par Monarch, le tyran voyageant dans le temps. 

Justice League 3000 #6
Devant les échecs commerciaux récents de la Légion des superhéros, ce Nième Reboot choisit de rompre plus avec les versions précédentes. Au lieu de la Légion qu'on connaissait (qui va plutôt apparaître au XXIe siècle en partie dans Justice League Canada United), il s'agit ici de quasi-clones imparfaits des membres de la Justice League (ou plus précisément des hybrides de différents matériaux génétiques). Le XXXIe siècle est aussi assez différent : le Commonwealth utopique s'est écroulé sous un Imperium dirigé par les Cinq (nouvelle version des Fatal Five, qui est enfin plus inquiétante que par le passé où on ne comprenait jamais comment ils pouvaient effrayer tout l'Univers). Il y a Coeval (une IA qui joue le rôle de l'ancien Tharok le Cyborg), Convert (un Virus), Kali, Locus (qui serait à peu près l'ancienne Emerald Empress) et The Persuader. Le Projet Cadmus existe toujours et deux jeunes jumeaux géniaux Terry et Terri ont recréé de nouveaux Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash et, plus récemment, Firestorm (qui ressemble peut-être ici un peu à Wildfire de la Légion).

C'est à nouveau une série sombre, où les Héros sont plutôt ratés (Superman est une version particulièrement pleine de hubris arrogante), mais l'ambiance de science-fiction est en partie mieux réalisée que dans bien des histoires récentes de la Légion. En un sens, on revient peut-être à l'atmosphère de la version écrite par Abnett & Lanning il y a quelques années, même si Keith Giffen est en réalité un auteur plus ancien de la Légion.

Justice League United #0-#1
Le scénariste canadien Jeff Lemire lance avec le dessinateur Mike McKone une nouvelle série qui semble reprendre des personnages mineurs de DC pour en faire une nouvelle équipe plus interstellaire mais il commence par une version très ancrée au Canada. Animal Man, Stargirl, Martian Manhunter, Green Arrow, Hawkman et bientôt Supergirl se joignent donc à une nouvelle version d'Adam Strange (qui n'est désormais plus sur Rann et dont la compagne Alanna est une Terrienne aussi) et à une nouvelle héroïne autochtone du Canada (une Moose Cree), qui rappelle un peu un mélange de Raven des Teen Titans et de Talisman d'Alpha Flight.

La vieille mythologie DC assez obscure est réutilisée puisque l'adversaire est en fait le polymorphe Byth, le plus vieil ennemi thanagarien de Hawkman. Son projet implique en fait de créer Ultra the Multi-Alien, ce qui est une idée amusante pour tenter de rendre inquiétant un des personnages les plus ridicules de tous les comics DC. Le mercenaire amoral Lobo revient et j'espère qu'il ne va rejoindre aussi cette Ligue comme cela me paraît toujours une faute de goût de vouloir en faire un héros.

vendredi 16 mai 2014

Quelques liens sur les élections indiennes





  • Jaffrelot explique que (1) le BJP de Modi appliquera avant tout une libéralisation économique pour lutter contre la Crise qui frappe l'Inde, et mettra de côté les aspects plus controversés sur l'Hindutva (ce qu'il appelle du nom plus neutre de "majoritarianisme" : les 15% de non-Hindous doivent accepter l'hégémonie des 85% d'Hindous).
    (2) que le BJP (émanation politique du mouvement RSS) avait jusqu'ici cela de peu "fascisant" qu'il était très peu personnalisé, sans culte du Chef, mais que Modi, qui n'est en théorie qu'un des représentants locaux du BJP, devient maintenant beaucoup plus populaire et puissant que son Parti et que le mouvement culturel dont il est issu, tant sa victoire a été personnelle comme un référendum sur cet homme si fanatique, simple et intègre.
    (3) Mais le BJP peut gouverner seul contrairement à la dernière fois en 1998-2004. Il sera donc tenté de plus presser sur l'Hindutva et sur la persécution des Musulmans que la dernière fois (malgré tous les discours américains sur "Mais non, Modi est pro-business, c'est un pragmatique"). Modi est peut-être modifié par ses années de succès économiques dans le Gujarat où il a attiré les capitaux des autres Etats plus à gauche mais il est aussi sincère et prêt à jouer sur la polarisation entre les communautés (cela a très bien marché dans sa victoire surprenante dans l'Etat clef de l'Uttar Pradesh où seuls les Gandhi ont pu résister au tsunami d'Amit Shah (le simple fait que Modi s'entoure de quelqu'un comme Amit Shah en dit long sur son autoritarisme violent prêt à piétiner la justice s'il le faut). Ses priorités seront alors à nouveau la marginalisation des Musulmans, l'uniformisation du Droit civil contre les exceptions musulmanes, la fin de l'autonomie relative du Kashmir (article 370 très controversé de la Constitution).

    Il dit aussi que le système des castes va commencer à jouer moins de rôle dans certains Etats et que le cliéntélisme des basses castes et tribus (Other Backward Castes) du Congrès ou des partis spécialisés comme le BSP de Mayawati est donc moins efficace (ce qui explique en partie l'effondrement du BSP dans l'Uttar Pradesh).




  • Pankaj Mishra rappelle que certains des conseillers économiques libéraux du précédent gouvernement du Congrès sont déjà passés du côté de Modi. Il a beau être nettement moins corrompu que les membres du vieux Congrès social-libéral, son nationalisme autoritaire et décisif s'accomode très bien des grands intérêts des Grands groupes (ce qui explique la réaction finalement assez favorable d'une partie de la presse conservatrice américaine, qui s'attend peut-être à un retournement d'alliance avec l'Inde contre le Pakistan). Comme pour le Parti républicain américain, ce sera donc l'alliance de la Bourse et du Temple.

  • La page MetaFilter sur les élections. Ils rappellent le fait qu'un danger international représenté par le BJP est qu'il est prêt à pousser à la Guerre contre le Pakistan. Modi a pu tenir des propos bellicistes il y a une douzaine d'années (Nous répondrons aux Balles par la Bombe) et on fait maintenant comme s'il avait changé. Il est vrai qu'il a à présent 63 ans et qu'il tenait ces propos dans sa folle jeunesse vers 50 ans.

  • J'ai déjà mentionné ce portrait très à charge par Dalrymple (le Néron de 2002, roi incendiaire, va devenir un nouveau Poutine, surfant sur le ressentiment et le besoin de revanche d'une Inde meurtrie par la Crise).

  • Un des aspects fascinants de Nahendra Modi est ses idiosyncrasies. Certaines sont innocentes, seulement celles d'un Hindou très religieux, il est végétarien et s'interdit tout alcool (cela peut jouer dans son image si excellente en Inde ?) Il a eu un mariage arrangé et semble ne l'avoir jamais consommé, prenant une posture d'ascète total (son épouse vit sans aucun rapport avec lui). Son frère dit qu'il avait peur de lui et qu'il le battait quand Modi dirigeait un gang de jeunes gens dans son petit village. Il interdit à quiconque d'être avec lui quand il mange (il doit être en réalité un Naga qui mange des souris, selon mon hypothèse). Il est obsédé par son hygiène et sa pureté et changerait ses vêtements quatre fois par jour. Pendant les massacres de Musulmans de 2002, quand un politicien musulman du Parti du Congrès l'appela par téléphone pour lui demander son aide, il se moqua de lui en demandant pourquoi il était encore vivant (il fut en effet décapité par une foule de fanatiques peu après). Après les massacres, il se défendit de manière originale et quasiment auto-réfutative en disant qu'il n'était pas pour de telles purifications ethniques, comme un Hindou doit même penser à la vie de Rats (comment s'excuser en insultant). Il veilla ensuite à détruire la carrière de tous ceux qui avaient dévoilé les scandales de ces massacres (et un de ceux qui témoigna contre lui disparut sans trace). Maintenant qu'il va devenir Premier ministre, il va enfin avoir le droit d'aller au Royaume-Uni ou aux USA (cela lui était interdit auparavant pour "incitation à un massacre"). 



  • La danse bollywoodienne de Narendra Modi (le barbu chauve à sa droite est ce sinistre Amit Shah qui a triomphé dans l'Uttar Pradesh en menant une campagne encore plus violente que le reste du BJP et qui a été incriminé dans une exécution extrajudiciaire en 2004 - je pense que l'autre à gauche doit être le vieux L.K. Advani, 87 ans, l'ancien Ministre de l'Intérieur et ancien dirigeant du BJP au Parlement ?).
  • Inde : Premières projections des résultats

    On savait que la coalition (NDA) du BJP ultra-hindou de Nahendra Modi l'emporterait mais pas à ce point. La participation a été un record avec 66% (plus de 500 millions d'électeurs).

    Leur victoire serait un des plus grands raz-de-marée depuis 30 ans. Le BJP (qui dirige une énorme coalition de 29 autres partis) arriverait même à la majorité absolue tout seul. Personne ne l'avait prévu.

    La Lok Sabha (Assemblée du peuple) a 543 sièges, il faut donc 272 pour la majorité,  et le BJP dépasserait 284 sièges seul (au lieu de 112), avec parmi ses principaux alliés une vingtaine de sièges pour l'extrême droite Shiv Sena du Maharashtra, une quinzaine pour le Telugu Desam Party du Andhra Pradesh, 5 sièges pour le Lok Janshakti Party du Bihar (anciens alliés du Congrès, qui est puissant chez les basses castes de cet Etat) et plus de 330 sièges au notal pour toute l'Alliance.

    Le Parti du Congrès national passerait, lui, de 200 sièges à moins de 50 (+une douzaine de sièges d'alliés) et j'imagine que la Dynastie Nehru-Gandhi va enfin être mis en danger (Sonia Gandhi aurait gagné dans l'Uttar Pradesh mais son fils, le leader Rahul Gandhi n'aurait qu'une courte avance pour l'instant dans le même Etat)... Les autres partis indépendants sont maintenant plus nombreux que le Parti du Congrès et par exemple l'ADMK de Jayalalithaa qui n'existe qu'au Tamil Nadu (36 sièges) ou le Trinamool (TMC) qui n'existe qu'au Bengale (33 sièges) auront presque autant de sièges que ce Congrès national !

    Nahendra Modi a d'ailleurs commenté sa victoire en disant que c'était la fin de ce problème de "démocratie sexuellement transmissible" (comme l'appelait Dalrymple), comme Modi vient lui-même d'une petite famille d'épiciers de basse caste du Gujarat et qu'il se flatte de ne plus fréquenter que sa mère mais plus ses frères et sa famille.

    (Source des images : NDTV)

    On voit que la coalition de l'Alliance nationale domine tout le nord et l'ouest de l'Inde, non seulement ses fiefs du Gujarat (l'Etat de Modi), le Rajasthan, Madhya Pradesh, Karnataka, une partie du Maharashtra mais aussi jusqu'au Kashmir et au Chhattisgarh ou tout au nord-est l'Arunachal Pradesh. Les derniers sièges du Congrès (en bleu) sont de plus en plus dispersés et poussés hors de ses fiefs du nord (comme l'Uttar Pradesh où le BJP devient majoritaire) vers l'est.

    jeudi 8 mai 2014

    BROOS!

    Des Broos commencent diverses exactions autour d'une forteresse où se sont réfugiés des guerriers.

    [Vraie source : Li Livres du Graunt Caam, Marco Polo (vers 1400, Ms. Bodleyan 264, page 262 recto). L'illustrateur anglais (atelier de Johannes) a créé cette scène avec ces hommes-bêtes cornus - il ajoute aussi les autres classiques de Mandeville comme arimaspes, blemmyes et sciapodes - alors que Marco Polo ne mentionne guère en réalité dans le texte du Devisement du Monde que les Cynocéphales.]

    Les Chimériades ont commencé (mais hélas je dois rester à Paris et n'y participerai pas).

    mardi 6 mai 2014

    Elections Indiennes Par Province : le Maharashtra

    (Suite après le Tamil Nadu en 2009 et l'Andhra Pradesh pour ces élections)

    Le Maharashtra est le second Etat le plus peuplé de l'Inde (après la Province du Nord qui est à 200 millions), avec une population de 112 millions (soit presque autant que le Mexique, 9% de la population indienne totale) et avec la plus grande ville d'Inde sur la côte, Mumbai (ex "Bombay"), dont l'agglomération atteint 20 millions (soit environ autant que la Syrie ou la Roumanie). Le Maharashtra aura 48 sièges à la Chambre fédérale sur 543.




    Les Marathes et les Chavans
    Le Maharashtra est issu de l'ancienne division de l'Etat de Bombay, qui comprenait aussi au nord l'actuel Gujarat et les deux provinces se sont divisées sur une base linguistique (groupe "marathi" contre groupe "gujarati") après de violents heurts dans les années 1950. Environ 16% de la population (soit 1 sur 6) est Musulmane, ce qui correspond à peu près à la moyenne indienne, plus de 82% étant Hindoue.

    Le Maharashtra a été traditionnellement un fief stable du Parti du Congrès National, de sa fondation dans les années 1950 jusqu'à 1995. De même qu'on avait vu la place des Reddys au Andhra Pradesh, plusieurs Ministres en Chef de cette période appartiennent à la Caste dite "Chavan", la noblesse guerrière des Marathas (qui dans la mythologie hindoue prétendent descendre d'une tribu  de kshatriyas d'Agni le dieu du Feu) : Yashwantrao Chavan qui fut le premier Ministre en Chef (1960-1962), Shankarrao Chavan (1988-1989), Ashok Chavan (2008-2010) et l'actuel Prithviraj Chavan (2010-2014).

    Le Fascisme d'un Caricaturiste

    C'est en 1995 qu'après plusieurs années de militantisme, le Shiv Sena arriva au pouvoir. Le Shiv Sena est un parti nationaliste d'extrême droite de la culture maratha, xénophobe (notamment contre les "immigrés" intérieurs venus des Etats du Sud, ou récemment du Bihar) et anti-musulman. Il fut fondé par un journaliste et dessinateur politique, Bal Thackeray. Pour commencer des analogies françaises, c'est donc un Jacques Faizant qui serait devenu un Le Pen - ou plutôt un Berlusconi (comme il eut du succès politique et dans la presse).

    Dans ce dessin, Thackeray en appelle au spectre de Shivaji

    Ce vieux dessinateur Bal Thackeray vient de mourir en 2012 et il avait transmis son Parti à son fils Uddhav Thackeray depuis 2004 (mais contrairement au FN français et aux Le Pen, la transmission dynastique n'est pas vraiment une caractéristique propre à l'extrême droite dans la politique indienne).

    Le Shiv Sena est un groupe violent qui a pu appeler à des émeutes racistes et même à des attentats terroristes et des attaques-suicides (Bal Thackeray se réclamant publiquement d'une version hindoue du nazisme contre tous les non-Marathis) mais sa puissance politique contribue maintenant à museler les critiques. Le nom du Parti, "l'Armée de Shivaji", est une allusion au Roi-Guerrier et héros national du Maharashtra Shivaji qui forma l'Empire des Marathas contre les Moghols au XVIIe siècle après les avoir servis - j'en avais un peu parlé il y a dix ans (ce nom est un peu comme si le FN s'appelait "l'Armée de Louis XIV" ou, comme le point Godwin est assez justifié, "la Division Charlemagne"). Le Shiv Sena s'allia au BJP, le Parti religieux hindou qui était (du moins jusqu'à récemment) plus puissant au Gujarat et au Rajahstan mais qui est en train de dépasser son allié.

    La situation actuelle

    Le Parti du Congrès a repris le pouvoir après cet intermède Shiv Sena-BJP dès 1999 et l'a gardé depuis 15 ans, avec une coalition Shiv Sena-BJP dans l'Opposition. Cependant, le Parti du Congrès du Maharashtra est connu pour sa corruption même si l'actuel Ministre en Chef, l'ingénieur Prithviraj Chavan, semble moins impliqué dans cette corruption que ses prédécesseurs.

    L'un des principaux hommes politiques du Maharashtra est Sharad Pawar (né en 1940, actuel Ministre de l'Agriculture au niveau fédéral). Pawar fut plusieurs fois Ministre en Chef du Maharashtra avant de perdre la direction du Parti du Congrès local en 1999 pour avoir tenté de renverser Sonia Gandhi (parce qu'elle avait le tort d'être née italienne). Cela lui fit fonder son propre Parti baptisé "Parti du Congrès nationaliste" (9 sièges à la Chambre fédérale), qui s'est depuis à nouveau allié au Parti du Congrès national. Son intégrité semble plutôt laisser à désirer mais il fait maintenant jeu égal avec son ancien Parti.

    Mais le denier Ministre en Chef issu du Shiv Sena en 1999 fut Narayan Rane, qui a été expulsé de ce mouvement en se querellant avec Uddhav Thackeray en 2005. Narayan Rane a depuis rejoint le Parti du Congrès national, ce qui lui a permis de reprendre plusieurs postes ministériels importants et de commencer à créer sa propre faction à l'intérieur du Parti du Congrès marathi (ses deux fils Nilesh & Nitesh Rane sont tous les deux devenus politiciens).

    Une des victoires du BJP au Maharashtra est d'avoir réussi une alliance avec le Parti Républicain de Ramdas Athawale, un Parti censé représenter à l'origine les basses castes. C'est assez ironique pour le BJP qui est un parti assez proche d'un fondamentaliste hindou mais qui se retrouve à organiser le même "clientélisme" envers ces castes que celui qu'il reproche tant au Parti du Congrès laïc (le BJP commence même à tenter d'attirer certains Musulmans). Il y a traditionnellement une alliance entre Sharad Pawar et Ramdas Athawale pour jouer le rôle de "faiseurs de rois" entre le Congrès et le BJP dans les votes de l'Assemblée marathie.

    En 2009, aux élections au niveau de l'Assemblée d'Etat, le Parti du Congrès de Prithviraj Chavan + Parti du Congrès nationaliste de Sharad Pawar avait 144 sièges sur 288 (à un siège de la majorité absolue), le BJP en avait 46, le Shiv Sena d'Uddhav Thackeray 45 et le Parti Républicain de Ramdas Athawale (maintenant allié au BJP) 14 sièges, ce qui donne un total de 105 pour la coalition du BJP. Un neveu de Bal Thackeray, Raj Thackeray, a fondé son propre Parti d'extrême droite, Les Fils du Sol du Maharashtra (MNS), qui a obtenu 13 sièges et organise parfois des violences contre des immigrés mais aussi contre ses anciens rivaux du Shiv Sena.

    En 2014, les élections nationales ne coïncideront pas exactement avec les élections dans les assemblées de cet Etat qui n'auront lieu que par la suite. Une victoire du BJP au niveau national sera-t-elle suffisante pour aider par la suite la Coalition du BJP et du Shiv Sena au Maharashtra ?

    dimanche 4 mai 2014

    vendredi 2 mai 2014

    Elections Indiennes Par Province : l'Andhra Pradesh

    Comme c'est les élections en Inde pendant tout ce mois, je vais refaire ce que j'avais fait il y a 5 ans quand j'avais déjà parlé des Plus Grandes Elections démocratiques du Monde et commenté les résultats en me concentrant à l'époque sur le grand Etat du Sud, le Tamil Nadu. Je ne parlerai pas tout de suite de l'Union dans son ensemble (où il semble que le BJP-NDA de Rahendra Modi va hélas l'emporter, mais c'est une alternance inévitable pour éviter trop d'encroutement et de corruption du Parti du Congrès).


    L'Union indienne compte 28 Etats (et bientôt 29). Le mot "pradesh" veut dire province et aujourd'hui trois Etats importants au moins partagent ce terme officiellement dans leur nom : l'énorme Uttar Pradesh (Province du Nord, 199 millions d'habitants), le Madhya Pradesh (Province Centrale, 72 millions d'habitants) et enfin au sud-est, l'Andhra Pradesh (Province des Andhras ou "Telugu", 84 millions d'habitants, à peu près la taille de l'Allemagne).

    L'Andhra Pradesh est donc la porte du Sud du Sous-Continent (ce sont les "Ghâts Orientaux" au flanc du Grand Plateau du Deccan)  et a une histoire administrative compliquée depuis l'Indépendance de l'Inde. Le sud de l'Andhra Pradesh dépendait plutôt de la ville de Madras (Chennai, qui est aujourd'hui rattachée au Tamil Nadu) et le nord était dans le Royaume moghol des Nizâm de Golconda (près de l'actuelle Hyderabad, capitale de l'Etat, dont les territoires allaient aussi plus vers l'ouest, dans l'actuel Maharashtra/Karnataka : les Princes de Hyderâbâd furent forcés de rejoindre l'Union indienne). A partir de 1956, une partie de l'ancien Royaume de Hyderabad qui parlait la langue télugu fut uni avec les territoires de l'Etat andhra qui avait renoncé à la grande métropole de Madras (mais la population musulmane autour de l'ancienne capitale Hyderabad a encore une minorité parlant l'Urdu plutôt que le Telugu).

    Aujourd'hui, Hyderabad a 7 millions d'habitants, c'est la 4e ville de toute l'Union indienne derrière Mumbai, Delhi et Bangalore, à peu près au niveau de Kolkata et Chennai.

    La Scission de l'Andhra et du Telangana
    Or après ces élections de mai 2014, l'Andhra Pradesh va être divisé à nouveau en deux et la partie du nord-ouest autour de Hyderabad va (re)devenir un nouvel Etat, le 29e de l'Union, sous le nom de Telangana (environ 35 millions d'habitants, 40% de la Province), la mégalopole d'Hyderabad demeurant une capitale jointe des deux Etats pendant une période transitoire jusqu'en 2024. C'était une longue réclamation des populations telugu du nord. L'Andhra Pradesh se réduira donc désormais à la zone de la Côte orientale (Kosta ou Andhra, 35 millions d'habitants) et le Rayalaseema au sud (15 millions d'habitants).


    Bien que le Parti du Congrès au niveau fédéral et le BJP soient tous les deux d'accord pour créer ce nouvel Etat de Telangana, le passage de la loi fut assez tendu à l'Assemblée, avec certains députés de l'Andhra Pradesh opposés à la division qui en vinrent aux mains (le riche Rajagopal du Parti du Congrès démissionna même et abandonna la politique après la censure de son attitude - il avait aspergé ses adversaires de gaz au poivre en pleine session parlementaire). Le Ministre en Chef de l'Andhra Pradesh (qui était membre du Parti du Congrès) a aussi démissionné et quitté le parti.

    Le Personnel politique : Reddys vs Raos
    Bien sûr, une vraie analyse politique de la situation demanderait de voir quelles régions, quelles confessions, quelles classes sociales et quelles castes soutiennent chacun des partis (en gros le Congrès et le TDP). Mais je vais me limiter à un cadre plus anecdotique, sur la caste des Reddys et la dynastie de NTR Rao.

    les Reddys
    On sait que la politique indienne est en partie une question de dynasties et de castes. Depuis au moins le XIe siècle, une des castes dominantes des pays telugu est les Reddy, qui a fourni de nombreux Rois, seigneurs mais aussi de riches marchands. Cela est resté vrai dans la période contemporaine démocratique où plusieurs familles dominent surtout au Parti du Congrès National et où un nombre significatif des leaders avait le mot "Reddy" dans le patronyme de caste (au point qu'il vaut mieux parfois ne pas en tenir compte pour mieux les distinguer).

    Dès les origines, Neelam Sanjiva Reddy (1913-1993) fut le premier Ministre en Chef de l'Andhra Pradesh (1956-1964) et finit même Président de l'Union indienne (1977-1982). K.V. Ranga Reddy (1890-1970) travailla avec le précédent et fut le chef de la lutte contre les Nizâms de Hyderabad avant le rattachement à l'Union, son nom de Ranga Reddy (parfois écrit "Rangareddy") a maintenant été donné à tout le district autour d'Hyderabad, Kasu Brahmanda Reddy (1909-1994) fut le second Ministre en Chef et il dut faire face à une opposition croissante sur la question du Telangana.

    Plus récemment, Mari Chenna Reddy (1919-1996) était aussi au Parti du Congrès National Indien, il fut un des leaders telugu qui obtint un compromis pour donner plus d'autonomie à la région du Telangana dans l'Andhra Pradesh à partir des années 1960 et il finit comme Ministre en Chef de cet Etat dans les années 1980 (son fils est toujours en politique). Après lui, ce fut Nedurumalli Janardhana Reddy, qui fut Ministre en Chef de 1990 à 1992 et K.V. Bhaskara Reddy (1920 – 2001), Ministre en Chef de 1992 à 1994.

    Au XXIe siècle arrive la famille "Y.S." (pour "Yeduguri Sandinti") avec Y. S. Rajasekhara Reddy (1949-2009), Ministre en Chef de 2004 à 2009, Y. S. Vivekananda Reddy (frère du précédent, député) et en ce moment, Y. S. Jaganmohan Reddy (neveu du précédent, député accusé de corruption et qui a une branche du Parti du Congrès, le Congrès YSR autour de lui, il était un des opposants à la création du Telangana) et sa soeur Y.S. Sharmila.

    Le dernier Ministre en Chef de l'Andhra Pradesh fut Nallari Kiran Kumar Reddy, qui vient de démissionner du Parti du Congrès National et de son poste pour protester contre la division de l'Etat  - il vient de créer un nouveau Parti sur cette question Vive l'Andhra Uni (JSP).

    Les Raos
    De même que tous les Reddys ne sont pas liés, le nom de "Rao" (proche de rājā) est encore plus courant pour la noblesse. Il n'y a donc rien à voir entre P.V. Narasimha Rao (1921 – 2004), Ministre en Chef de l'Andhra Pradesh, du Parti du Congrès qui finit Premier Ministre de l'Inde dans les années 1990 après l'assassinat de Rajiv Gandhi, et N.T. Rama Rao (1923-1996), qui est la figure la plus importante de la politique locale dans les deux dernières décennies du XXe siècle.

    Une plaisanterie américaine dit que la Politique est le Show Business pour les Laids (autrement dit pour ceux qui ne sont pas assez beaux pour entrer dans les spectacles du divertissement). En Inde, la Politique est le Show Business, point final, et il est devenu quasiment une règle bien avant Ronald Reagan que les Stars de cinéma finissent comme élus du peuple. Nandamuri Taraka Rama Rao (dit "N.T. Rama" ou "NTR") fut une des principales vedettes du cinéma telugu avant de fonder en 1982 le Telugu Desam Party (TDP, Parti du Peuple Telugu). Le Parti du Congrès National gouvernait alors sans interruption l'Andhra Pradesh depuis 30 ans et le TDP était plus fondé sur une opposition aux cliques du Congrès que sur une base vraiment idéologique claire. En théorie, ils se veulent populistes, régionalistes et socio-démocrates mais en pratique ils ont pu s'allier au niveau fédéral aussi bien avec des coalitions de Troisième Force qui comptaient des Communistes qu'avec les partis de droite religieuse comme le BJP, comme c'est à nouveau le cas aujourd'hui dans l'Alliance démocratique nationale (il est vrai que la complexité de la politique fédérale indienne fait que certains groupes dits communistes soutiennent aussi cette même Alliance).  En 1983, "NTR" gagna les élections régionales et devint le nouveau Ministre en Chef, le premier qui ne soit pas membre du Parti du Congrès national depuis l'indépendance. Il gouverna de 1983 à 1989 (en dehors d'une période où un autre TDP, Bhaskara Rao, réussit un bref "putsch" parlementaire pendant un de ses congés, avec une manipulation faite par le Parti du Congrès). A cette époque, le TDP dominait tellement l'Andhra Pradesh qu'ils devinrent même le principal Parti d'Opposition au Congrès au niveau fédéral.

    NTR perdit les élections dans l'Etat en 1989, au moment même ironiquement où le Parti du Congrès perdait le pouvoir fédéral et où le TDP participait à une coalition nationale anti-Congrès.

    NTR revint en 1994, à l'âge de 71 ans malgré ses problèmes de santé, mais son gendre, Nara Chandrababu Naidu organisa alors un second coup interne au TDP pour le renverser (en partie parce que Naidu craignait en fait que la nouvelle et jeune seconde épouse de NTR, l'écrivaine Lakhsmi Parvathi, prenne le pouvoir à la mort du leader charismatique - une situation analogue avait eu lieu en 1988 au Tamil Nadu quand la maîtresse de Ramachandran a repris le contrôle de l'AIADMK). NTR mourut d'ailleurs peu de temps après, en 1996 et le reste du Clan n'a pas l'air de trop en vouloir à Naidu.

    Chandrababu Naidu devint le Ministre en Chef pendant 9 ans, jusqu'en 2004, mais il dirige toujours aujourd'hui le TDP. La seconde épouse, Lakhsmi Parvathi, a depuis rejoint avec sa faction le Parti du Congrès Y.S. nommé plus haut. Une autre fille de "N.T.R", Daggubati Purandeswari a épousé un député du Parti du Congrès (et producteur de cinéma), Daggubati Venkateswara Rao, elle est députée fédérale et Ministre mais elle vient de quitter le Parti du Congrès avec son mari et de rejoindre le BJP.

    La dynastie de NTR est nombreuse dans le cinéma. Le plus connu parmi ses enfants est l'acteur Nandamuri Balakrishna qui se présente cette année aux élections régionales pour le TDP, et son frère aîné, Nandamuri Harikrishna est déjà député du TDP. La dynastie a même eu un mariage entre cousins : le fils de Naidu, Lokesh, a épousé sa cousine, fille de Nandamuri Balakrishna.

    En revanche, le chef actuel du TDP au Parlement, Nama Nageswara Rao, n'a pas de rapport avec la famille en dehors du fait d'être un allié du gendre Chandrababu Naidu. Il n'y a pas non plus de rapport avec Kalvakuntla Chandrashekar Rao, qui a quitté le TDP pour fonder un parti rival, le TRS, plus à droite mais qui s'est allié avec le Parti du Congrès.

    Situation actuelle
    Le Parti du Congrès national est revenu au pouvoir local depuis 10 ans. Au dernières élections de 2009, le Parti du Congrès national de Y. S. Rajasekhara Reddy emporta une majorité simple contre le TDP de Chandrababu Naidu, Monsieur Gendre. Mais quelques mois après l'élections, Y. S. Rajasekhara Reddy (dit "YSR") mourut d'un accident d'hélicopter.

    Depuis, le Parti du Congrès national s'est divisé entre la faction de la famille de YSR (mené par Y.S. Jaganmohan Reddy, fils d'YSR, opposé à la Scission et poursuivi pour corruption) et le reste. Nallari Kiran Kumar Reddy, qui dirigeait le Parti du Congrès national en Andhra Pradesh, vient de le quitter sur la question du Telangana.

    Le Parti du Congrès au pouvoir sera donc représenté pour les élections générales par un certain Ragy Veera Reddy (décidément, cette caste n'est pas prête d'abandonner le pouvoir) qui luttera contre le TDP de Chandrababu Naidu (allié au BJP) et contre le Congrès-YSR, dont on ignore encore dans les sondages s'il peut devenir important.