mardi 29 juin 2010

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Via Phnk que je plagie au passage, ce blog de bibliométrie à Paris 8 sur les plagiaires dans la recherche universitaire (pour l'instant en recherches de sciences de l'information, ce qui est une mise en abyme intéressante).

J'ignorais qu'il commençait à exister des outils commerciaux (ici le logiciel Compilatio.net) pour lutter plus efficacement contre le fléau.

En outre, je crois que Mme Penchard n'a plus sa place au gouvernement.

Μαργαριτάρια



Plus que 35 copies sur 130 et les dernières sont souvent celles que je n'arrive plus à faire en ne sentant plus d'urgence. Mon écart-type, toujours trop faible, doit être encore plus bas que d'habitude, j'ai l'impression d'avoir donné entre 8 et 12 à 95%.

Les perles sont un exercice un peu trop facile car on écrit tous des idioties dans le stress du temps limité. Mais garder des perles est quand même la seule rédemption de ces douzaines d'heures passées à lire ces machins si répétitifs.

  • "La chute du Mur de Rome met fin à la période antique."
    Limes sans Réunification. Il faut parler de la Chute du Mur d'Adam et Eve ou les Chutes du Mur du Niagara.

  • "Un historien n'a aucun droit de changer le passé."
    Il est membre de la Patrouille du Temps.

  • "Nous trouvons absurde qu'au Moyen-Âge les hommes se fassent guillotiner et pourtant à l'époque c'était normal."
    Seulement si quelqu'un a transgressé le commandement précédent.

  • "Un historien n'a pas d'amis et n'a aucune vie sociale".
    Cette misanthropie dérive de "Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays"

  • "L'historien a une place centriste dans la civilisation."
    Non, cela ne veut pas dire qu'il n'est Ni-Ni.

  • "Contrairement à l'historien, le journaliste n'est jamais censuré. Il est même en position de critiquer l'équipe de France."
    C'est dire si les pouvoirs le laissent tout dire en effet.

  • "Durkheim, célèbre auteur de l'Evolution des espèces." Certes, l'auteur de l'Origine des espèces commence par la même lettre.


  • D'autre part, cela fait aujourd'hui 100 jours depuis le second tour des Régionales (21 mars). Même s'il n'y a pas exprès une Commission parlementaire comme pour interroger un entraîneur de football, je pense que Mme Marie-Luce Penchard devrait être congédiée.

    mercredi 23 juin 2010

    Un dernier acharnement sur notre "Cauchemar National"



    Via Goodtime, la page Facebook des Bleus.

    Par ailleurs, je pense que Mme Penchard devrait être limogée (à la Martinique par exemple).

    Ceterum censeo Penchardem dimittendam esse


    Très loin de moi l'idée de vouloir en faire une obsession comme Caton l'Ancien (qui était sans doute excessif) mais cela fait 94 jours depuis les élections régionales. Et on s'en étonne toujours : Marie-Luce Penchard est toujours ministre de l'Outre-Mer alors qu'elle se vantait de discriminer entre les DOM-TOM. On pouvait à la rigueur comprendre qu'elle ne soit pas renvoyée en pleine campagne des régionales (où elle fit le plus mauvais score de tous les ministres candidats, dans la région même pour laquelle disait être prête à violer sa fonction) mais on comprend mal trois mois après.

    Je répète quand même encore une fois car je vous sens incrédule :  

    Marie-Luce Penchard est toujours Ministre chargée de l'Outre-Mer et des Collectivités territoriales 

    Non, non, sérieusement.

    Vérifiez si vous ne me croyez pas.

    Alors ? Oui, je sais, cela peut choquer.

    Cela me paraît un épiphénomène bien plus révélateur pour notre République ou pour la cohésion nationale que la tentative de Sarkozy de placer ses amis pour contrôler le Monde, l'éviction d'humoristes d'une radio publique, l'intervention directe de l'exécutif pour annuler un vote d'une des Assemblées, les divers mensonges et reniements sur les retraites ou je ne sais quel autre histoire on essayera d'agiter avec l'arrivée de l'été.

    Certes, par rapport à des réformes plus invisibles comme la suppression du juge d'instruction ou la dégradation de l'Hopital public par Mme Bachelot, ce ne sont que des détails individuels.

    En attendant, je regarde un député UMP de Paris sur France 2, Jean-François Lamour (ancien sportif professionnel), qui vient de déclarer que la crise d'un jeu de baballe venait du fait qu'il n'y avait pas assez d'employés professionnels dans la Fédération et trop de personnel amateur. On peut admettre que l'argent n'avait pas joué le rôle tentateur diabolique qu'on lui associe (comme si les vainqueurs de ces activités dopées étaient tous des bénévoles) mais il faut plus d'originalité pour dire que la vraie origine de ces dysfonctionnement était le fait qu'il n'y avait pas assez d'argent dans le sport professionnel.

    Par ailleurs, je pense que Penchard doit être renvoyée.

    mardi 22 juin 2010

    Les traces de Manas



    Les émeutes actuelles de l'été au Kirghizistan ont lieu plutôt au sud entre les Kirghizes et la minorité ouzbek mais les émeutes des mois derniers avaient notamment éclaté à Talas, cité du nord-ouest où selon la mythologie kirghize serait enterré le héros national légendaire Manas.

    L'un des enjeux politiques a été la fermeture de la base américaine près de la capitale de Bishkek au nord et les Américains ont eu l'idée de l'appeler la "Base Manas" (la base militaire a été pour l'instant maintenue mais avec un loyer plus élevé pour l'Armée US).

    Manas est à la fois le fondateur mythique et le principal héros de l'épopée nationale de ce peuple turco-mongol d'Asie centrale, une énorme chanson de geste de 500 000 vers (deux fois le Mahābhārata, trente fois l'Iliade). Le drapeau du Kirghizistan (créé en 1992) représente d'ailleurs une sorte de Yourte solaire avec quarante rayons qui sont les 40 tribus qui accompagnaient Manas (une des étymologies du mot "kirghize" est d'ailleurs une racine turque qui veut dire "quarante"). Manas est aussi sur les billets de la monnaie nationale.

    Manas n'a probablement même pas de base historique individuelle, même si certains interprètes y voient des mélanges entre un héros chamanique kirghize, un fond musulman soufi et la vie de l'Empereur mongol Genghis Khan (1155-1227) au XIIIe (certaines sources donnant au Mongol des origines secrètes kyrghizes). Mais dans le texte, Manas est une sorte de Héraclès résistant aux Mongols et réussissant même à conquérir la cité de Beijing contre les Kara-Khitan du XIIe ou bien la dynastie mongole qui règne sur la Chine au XIIIe (comme une version du Roi Arthur lui permet d'envahir Rome et comme une version de Charlemagne le fait marcher sur Constantinople). L'origine réelle serait plutôt des combats contre des tribus ouïghours (les Kirghizes ayant vaincu la Khaganat ouïghour bouddhiste au IXe siècle à l'époque où eux sont déjà persianisés et islamisés).

    Manas est le fils du Khan Jakïp (Jacob ?) qui pria Allah dans sa vieillesse pour avoir enfin un enfant. Lorsque sa mère Chïyïrdï était enceinte, elle eut une envie soudaine de viande de Tigre. Les 40 tribus kirghizes chassèrent alors le Tigre et elle s'en nourrit. L'enfant naquit en sortant tout un caillot de sang dans son poing (un peu comme les Chamans et les táltos hongrois qui naissent coiffé du sac amniotique). Manas marchait dès la naissance et était déjà circoncis. Il brillait comme de la braise. Il portait la crinière d'un lion gris, car il était dit qu'il serait un Lion digne de rivaliser avec Salomon, Iskandar, Alī ou Rostam, et il naquit en même temps qu'une jument accouchait d'un destrier noir qui serait sa monture. Il était protégé par le mystérieux prophète, l'Homme-Vert et par 40 gardiens invisibles.

    L'Empereur de Chine Esenkhan, dans Beijing aux 40 portes, tenta de faire tuer les enfants kirghizes qui naquirent alors car ses sept devins lui avaient révélé que l'enfant nommé Manas le vaincrait. Tous les enfants nommés Manas furent exécutés cette année-là, de la Chine jusqu'à Samarcande. Mais les Kirghizes cachèrent leur sauveur sous un faux nom, "Tchong Jindi" (Grand-Sot) pour qu'il échappe à ce massacre des Saints Innocents.

    Dès la petite enfance, l'indomptable Manas massacra des douzaines d'ennemis Oirats de l'Altaï, Kalmouks et Mandchous. Pour mieux le cacher, le Khan Jakïp le fit alors élever par un berger.

    La suite de l'épopée voit les combats et jeux compétitifs entre le preux Manas et les divers Géants et monstres des peuples ennemis. Traditionnellement, le héros est représenté accompagné de plusieurs animaux fétiches, un aigle, son étalon noir, un tigre et un dragon. Il reçoit d'un émissaire de Mahomet une épée et une lance magique.

    Manas a aussi parmi ses compagnons un allié Chinois, le saint Almambet, converti à l'Islam dès la naissance et déshérité par les Chinois car il a aboli une coutume de sacrifier les enfants pour en tirer un philtre de jouvence. Manas épouse la princesse tadjik Sanirabiyga Kanikei de Boukhara (actuel Ouzbekistan) après l'avoir battue en duel (un peu comme Siegried et Brünnhilde).

    Manas meurt finalement assassiné par les Chinois de son rival, Konurbai Khan, sans avoir pu vaincre leur Empire et il est enterré en secret à Talas par sa veuve Kanikei. Le cycle raconte ensuite les aventures de sa descendance mais l'Âge héroïque des Kirghizes s'estompe avec lui. Les Kirghizes ont ajouté sa tombe aux Maussolées traditionnels des prophètes musulmans et ils s'y rendaient en sanctuaire. Le nouveau nationalisme post-soviétique n'a fait que renforcer ce mythe patriotique.

    Lire dans ses propres lèvres


    Augustin d'Hippone laisse penser dans un passage curieux des Confessions (VI, 3) que son maître Ambroise de Milan aurait été le premier à "lire dans sa tête" sans murmurer ou psalmodier publiquement les mots qu'il lisait. Nietzsche y voit une forme d'instauration de la conscience chrétienne (Par delà le Bien et le Mal, §247 L'Allemand n'écrit plus que pour les yeux alors que les Anciens écrivaient pour l'oreille).
    Si cette origine était vraie (ce qui est très douteux, comme l'ont fait remarquer les classicistes Gavrilov et Burnyeat, contrairement à Alberto Manguel qui perpétue cette légende dans son Histoire de la lecture), il faudrait imaginer dans ce dialogue silencieux de l'âme avec elle-même une sorte d'invention "technique" du IVe siècle de notre ère, au moment même où Augustin allait jeter les bases de l'histoire de la "Subjectivité" occidentale (si du moins il ne faut pas relativiser aussi sa place dans cette histoire, selon Alain de Libéra dans son Archéologie du sujet).

    Le neurologue Oliver Sacks raconte l'histoire d'un homme qui a réappris à lire par ses gestes.

    L'écrivain Howard Engel avait eu un matin une crise épileptique partielle et il n'arrivait plus à reconnaître les mots écrits (une forme de syndrome de Dejerine). Il était devenu une sorte d'aveugle aux mots sans être encore (comme certains dyslexiques) aveugle aux significations. Mais lorsqu'il écrivait, il pouvait à nouveau interpréter les signes que sa propre main produisait ("alexie sans agraphie").

    Howard Engel a donc appris à recopier les signes vus en les traçant avec sa langue sur son palais. Il doit donc faire un travail de retraduction silencieuse de ce que son cerveau ne comprend plus, en incorporant les lettres sur la tablette dans sa propre bouche. Cette annotation "orale" lui permet de lire à nouveau à une vitesse proche de celle que lui donnaient ses yeux. L'écrivain a profité de la plasticité et de l'adaptabilité du cerveau humain qui peut reconstituer la même fonction par d'autres voies que celles qui ont été blessées.

    France 2 sur le Monde



    Hier soir à 20h, France 2 a fait un long reportage sur la situation du Monde. Ils ont mentionné les repreneurs mais pas une seule fois l'intervention scandaleuse du pouvoir pour mettre Orange dans les actionnaires.

    S'il vous plaît, dites-moi qu'ils en avaient parlé avant ou bien dois-je commencer à craindre pour la liberté de l'information dans ce pays ?

    Bourdonnement



    (Option : vous pouvez lire ce Blog en mode bourdonnement)

    Le pire dans toute cette domination symbolique des jeux de baballe est qu'on ne nous accorde plus de droit à l'indifférence.

    Quand je feins l'hostilité, ce n'est qu'une surréaction outrée contre une inflation qui occupe toutes les ondes. En réalité, je crois que cela n'a vraiment aucune importance, pas même celle de "symptôme du libéralisme" ou je ne sais quoi (comme si le hasard des coopérations victorieuses d'il y a dix ans avaient exprimé quoi que ce soit de plus solidaire ou plus généreux).

    Je n'ose même pas exprimer cette absence d'intérêt sinon Jean-Claude Michéa (chez qui la Décence Commune comme morale évidente a parfois un totalitarisme kitsch) m'accuserait d'être un élitiste snob qui méprise le Peuple, Finkielkraut dénoncerait l'arrêt du processus de civilisation qui canalise les émotions, les blogeurs y verraient un égoïsme contre le plaisir collectif le plus universel de la planète mais surtout les médias en général mettraient au pilori l'anti-France ou le Mauvais Concitoyen. J'aime assez cette République pour être blessé dès qu'une absence d'intérêt pour le sport suffise à être rangé dans un acte de trahison qui mériterait ostracisme.

    On aurait pu espérer au moins que de faibles résultats de l'équipe de concitoyens auraient vite détruit non seulement les rentrées publicitaires de Télé-Bouygues mais tous ces commentaires bien pires que toutes les trompettes. Mais de petites anecdotes ridicules suffisent à en faire un drame national. Même dans la défaite, on n'a plus droit à la tranquillité. Il faut transformer chaque détail en débat national et faire croire qu'une feuille de chou illisible comme l'Equipe "dévoile" des éléments importants de l'actualité, comme si on pouvait comparer un travail d'investigation avec les analphabètes qui commentent des passes.

    Non, l'image du pays n'est pas "ternie" par cela. Ne serait-on pas plus humilié par notre Président, dans son impunité, qui injurie un de ses concitoyens, que par les interjections marmonnées par un décérébré comme des scansions de La Tourette ? Ne peut-on pas être plus atterré par un personnel politique où l'épouse de l'ex-Ministre du Budget (actuel Ministre de la Solidarité) met plusieurs jours à démissionner du métier où elle faisait frauder le fisc ?

    Malgré la légitime envie d'accuser ce gouvernement de tous les maux, je ne crois pas au raccourci qui ferait de ce sport une synecdoque du sarkozysme. Même si 3% de Français supplémentaires avaient choisi de voter pour Ségolène Royal il y a 3 ans, cela n'empêcherait pas des anecdotes de vestiaires ou ces réflexes collectifs d'omerta.

    Donc, non, contrairement à ce que dit M. Finkielkraut - toujours plein de Schwärmerei dès qu'il projette le sport professionnel comme un "symbole" de l'Ecole républicaine - cela n'a aucune importance.

    Ce qui m'attriste n'est pas ces petites scènes mais plutôt l'écho disproportionné qu'on en donne comme une crise de civilisation.

    Add. L'ancien joueur Vikash Dhorasoo me paraît bien plus raisonnable et sagace dans sa tentative pleine de distance de remettre la prétendue crise à sa place que tous ces consultants qui viennent pleurer avec des trémolos que "c'est la Fin d'Un Monde".

    Umberto Eco disait quelque part que la télévision est bien plus dangereuse pour les intellectuels que pour ceux qui arrivent à y apprendre quelque chose parce qu'ils ne parviennent même pas à relativiser le fait qu'ils n'y apprennent rien du tout d'intéressant. Le vide attire le délire.

    Add.
    iTélé (décidément particulièrement hystérique sur ce sujet) vient d'aller interroger une personne qu'ils estiment essentielle pour les événements récents : ... la mère de l'entraineur insulté.

    Elle précise qu'elle n'a jamais exercé la prostitution.

    Ils ajoutent qu'il était important d'avoir son point de vue.

    La sottise a ceci de poétique qu'elle permet de faire revivre le sens des formules figées.

    vendredi 18 juin 2010

    L'autorité génétique



    Via Cardamome, M. Grosperrin, député UMP de Besançon, professeur de judo et docteur en sciences de l'éducation défend le projet de suppression des allocations familiales en cas d'absentéisme :
    (...) cette responsabilité existe. Il est regrettable de devoir le rappeler, d’autant qu’il s’agit d’obligations élémentaires, inscrites en quelque sorte dans nos gènes, et qui devraient être innées.

    Toutefois, puisqu’il faut le faire, faisons-le : rappelons à chacun ses obligations et leur portée. En matière d’absentéisme, et lorsque l’enfant est en danger, c’est bien le parent qui est responsable.

    La Nature se montre bien peu prévoyante en ne sélectionnant pas parmi nos caractères une capacité à obliger sa progéniture à ne pas bleuter. Heureusement que la Loi vient suppléer à l'impéritie des instincts en nous rappelant une potentialité d'autorité parentale.

    Il faudra que notre Gouvernement se resserve de ces impérieuses obligations qui devraient être innées si la Nature sortait d'un démiurge aussi habile que notre Président. N'avons-nous pas aussi parmi nos devoirs envers notre descendance celui de ne pas avoir de comptes déficitaires ?

    jeudi 17 juin 2010

    + 1



    Les journaux répètent tous la même phrase, que le gouvernement a certes compensé ses mesures par "une plus grosse contribution des plus hauts revenus" sans tenir compte du Bouclier fiscal. Et presque aucun ne précise.

    Mais ne serait-ce pas le cas où il serait intéressant de donner des chiffres ?

    Imaginons que cette "plus grosse contribution" soit, je ne sais pas, de 41% au lieu de 40%, cela pourrait mériter d'être dit au lieu de parler de "contribution des plus hauts revenus" dans l'absolu. Cela rapporterait 230 millions d'euros (sur 5 milliards de nouvelles recettes théoriques, plus 20 milliards économisés par la modification de l'âge légal).

    Et si c'était la cas, ne serait-ce pas irresponsable de la part de l'Opposition de ne pas répéter tout le temps ce chiffre : Quarante-et-un pour cent au lieu de quarante. Voilà les efforts supplémentaires "également répartis" au nom de "l'Equité".

    Casus Sine Occasu



    Ca y est, le magazine de jeu de rôle français Casus Belli (qui aurait fêté son 30e anniversaire) reviendrait pour une 3e fois. Ils ont même une page (vide).

    On peut être sceptique. Il n'y a plus assez de rôlistes pour l'acheter et nous avons maintenant accès à tellement de sources gratuites sur Internet que nous sommes moins attirés par une version papier. Au mieux, s'il survit, il faudra donc qu'il parle beaucoup des jeux qui ne m'intéressent pas (jeux informatiques et MMORPGs). Mais l'équipe donne envie : Guiserix, le fondateur, Cuidet (qui écrivait quasiment tout dans CB2) et le Grûmph, l'un des créateurs les plus fertiles en ce moment depuis que Croc ne fait plus que des jeux de société.

    Mais il y a quand même un problème : Casus avait déjà trouvé un successeur dans Jeu de rôle magazine (qui commençait juste depuis quelques numéros à trouver son propre ton distinct de Casus, Chroniques d'Outre-Monde ou Backstab). Il faut espérer qu'ils ne se gêneront pas mutuellement dans le cas où mes craintes étaient absurdes et que le marché pouvait vraiment sustenter deux magazines.

    Typos idéaux



    Elèves de ES (qui ont le déterminisme social dans leur manuel de SES)

    Monsieur, il y a une erreur dans le texte de Durkheim !

    Vraiment ?

    Oui, il dit "Nous sommes agis plus que nous agissons".

    Non, ce n'est pas une coquille. [tout au plus une coquetterie]

    mercredi 16 juin 2010

    L'ombre des fétiches




    Hélas, je n'ai aucune envie de philosopher en cette veille de Baccalauréat.

    Et j'en ai assez de mon double-discours entre ma profession (où je feins d'enseigner un Kantisme tolérant envers la religion "morale" dans les limites de la Raison, par simple tact envers mes élèves croyants que je ne voudrais pas endoctriner) et le faillibilisme tranquille du scepticisme contre le dogmatisme des supersititions.

    Dans ces périodes où l'extrême droite xénophobe commence à se réclamer de la "laïcité" pour mieux pouvoir habiller ses attaques contre une seule religion minoritaire (voir l'Apéro Saucisson-Pinard), le terme de sécularisation risque de devenir un peu souillé par de telles récupérations.

    La laïcité est en effet facilement récupérable par tout le monde, y compris par des formes dictatoriales qui la trahirent en la rendant intolérante, mais en l'occurrence il s'agit bien pour l'instant d'hypocrisie. L'extrême droite n'a pas encore vraiment absorbé la laïcité, elle ne fait qu'en imiter le discours (même si certains signes pourraient laisser penser que dans l'avenir la droite "révolutionnaire" soit vraiment post-religieuse puisqu'elle se dit qu'elle n'a plus nécessairement besoin de cela pour gagner ou garder le pouvoir).

    Via Hady Ba, cet article sur Rue89 par Fouad Bahri contre Michel Onfray.

    Onfray a rappelé quelques banalités (qu'un discours révélé par une personne sans doute schizophrène du VIIe siècle sans aucun argument rationnel n'est peut-être pas une bonne base pour une morale).

    Fouad Bahri tente d'abord de défendre l'Islam par un argument d'autorité :
    Onfray ressasse qu'il est nietzschéen.
    Or Nietzsche préférait encore l'Islam au christianisme dans le §60 de l'Antéchrist, en jugeant la civilisation mauresque plus "aristocratique" que le ressentiment égalitaire chrétien.
    Donc Onfray se contredit.

    Mais on sait que c'est le propre de tout Nietzschéen que de se contredire, même quand il ne se dit pas "de gauche" (ce que de nombreux textes anti-égalitaires de Nietzsche attaqueraient aussi, puisqu'il associe le socialisme et la démocratie aux religions).

    Bahri semble ainsi refouler l'ironie à double tranchant de ce §60. Nietzsche en appelle alors à l'Empereur Frédéric II de Hohenstaufen et à son cynisme pré-machiavellien. Frédéric II avait dit qu'il regrettait que Jésus n'ait pas mis en place une dynastie de Califes à la place de Papes élus, mais ce n'était alors que sa volonté de puissance en tant qu'Empereur héréditaire. Nietzsche verrait sans doute dans l'Islam une volonté de puissance plus directement affirmée sans autant d'intériorisation de la Faute, une volonté de puissance des Califes moins "jésuitique". Ces Empires coloniaux théologico-politiques ne cachaient pas qu'ils voulaient la Soumission en ce monde, sans distinguer une Cité terrestre et une Cité céleste. Les arguments de Nietzsche en faveur de l'Islam sont d'ailleurs aussi "orientalistes" au sens saïdien que les attaques : il loue la "virilité" musulmane comme il fait l'éloge de la Brute Blonde qui brula l'Empire romain.

    Et on peut se demander si Nietzsche cherche à être cohérent sur le statut de l'Islam. Si M. Bahri veut citer l'Antéchrist, il pourrait aussi citer d'autres passages avant ce §60. Comme le §42 :

    "Son besoin était la puissance ; avec Saint Paul le prêtre voulut encore une fois le pouvoir, - il ne pouvait se servir que d'idées, d'enseignements, de symboles, qui tyrannisent les foules, qui forment des troupeaux. Qu'est-ce que Mahomet emprunta plus tard au christianisme ? L'invention de Saint Paul, son moyen de tyrannie sacerdotale pour former des troupeaux : la foi en l'immortalité - c'est-à-dire la doctrine du jugement."

    Un rapprochement avec Paul n'est pas chez Nietzsche l'éloge qu'il serait par exemple chez notre polpotiste-paulinien Badiou : Paul représente ici la psychologie du Ressentiment du Prêtre et cela s'applique aussi à l'Imam. Même association au mensonge du christianisme au §55 de l'Antéchrist (mais il arrive à Nietzsche d'être plus indulgent envers l'Hindouisme, sans doute à cause du statut raciste et discriminatoire des castes, qu'il juge très sain et "aristocratique"). Qui sait si le fait que Mahomet ait été marchand d'esclaves et que les Hadiths soutenaient l'esclavage soit aussi un argument positif à ses yeux ?

    Bahri aurait raison d'ironiser sur bien d'autres infidélités d'Onfray à Nietzsche. Onfray a vraiment quelque chose d'humaniste en effet (mais la contradiction d'un humanisme nietzschéen est assez courante dans la philosophie française). Et j'imagine ou espère qu'Onfray est aussi moins misogyne que Nietzsche.

    Mais ensuite Bahri prétend défendre tout le théologico-politique. Et on passe de la critique interne par l'autorité à un argument a posteriori par l'histoire, une induction fragile.

    L'athéisme, comme doctrine, n'a fondé aucune des grandes civilisations de notre humanité. « Les civilisations naissent à l'ombre des temples », écrivait déjà en 1946, le philosophe et penseur Malek Bennabi.

    Toutes les grandes civilisations ont été fondées sur une foi, une croyance religieuse, ou une voie spirituelle, révélées ou non-révélées.

    L'argument ("pas de civilisation sans religion", donc les civilisations du monde arabo-musulman justifient les doctrines religieuses qui les entouraient) confond corrélation inductive et lien nécessaire. Ce n'est pas absurde (même un athée socialiste comme Durkheim a pu se poser la question du lien social essentiel dans les religions civiles) mais cela n'est pas une preuve.

    Je ne crois pas qu'on ait encore laissé sa chance à l'athéisme de s'étendre. Qui sait quelles aurores il pourrait promettre après les crises de l'effondrement des religions ? Il n'y a guère que les dictatures communistes qui se soient clairement réclamées de l'athéisme en voulant en faire une religion obligatoire intolérante envers ses rivales. Mais le bilan de l'athéisme n'est pas lié à celui de certaines économies planifiées. Il me paraîtrait tendancieux de dire que ce court échantillon sur un siècle est représentatif de toutes les variétés des pensées délivrées des religions. Les pays scandinaves, ex-luthériens, semblent aller vers une civilisation athée sans dérive totalitaire (même si on peut se demander s'il y a un risque d'anomie individualiste).

    Que l'athéisme soit maintenant si dominant dans les sciences et les philosophes du XXe-XXIe siècle ne doit pas faire oublier que ce n'est encore qu'un phénomène extrêmement récent. Même le Siècle des Lumières était encore dominé par des formes de déisme (en dehors de Diderot ou d'Holbach - peut-être Hume ?).

    De toute façon, même si l'athéisme nuisait aux arts (comme le croit Georges Steiner) ou à la morale, la question importe peu, si on admet (contrairement à Nietzsche ou au pragmatisme de William James), que la question qui importe vraiment est celle de la fausseté de la religion.

    Les "croyants" savent bien qu'ils ne le sont pas vraiment. Leur croyance est une fiction qu'ils entretiennent. Et la fausseté des religions n'est pas vraiment qu'un détail. Croit-on que les fanatiques seraient si violents pour la défendre s'ils ne savaient parfaitement qu'ils sont de mauvaise foi ? A chaque fois qu'on perçoit la passion du religieux (et même dans l'humour grinçant d'un Chesterton), il y a cette colère de la personne qui sent que son univers risquerait de s'écrouler s'il prêtait attention.

    En passant, le psychologue Sam Harris dramatise (en se servant du vieux problème du Mal) cette thèse simple de la "dissonnance cognitive". Le problème n'est pas (seulement) ce que produit la religion, mais le fait que les raisons d'y croire soient si mauvaises. Et quand un génie de la dimension de Leibniz a tenté visiblement vainement de sauver rationnellement cette mauvaise foi dans sa Théodicée, on se doute que l'affaire est close.

    La suite de l'apologie de Bahri dit que le matérialisme est l'antithèse de la philosophie et que donc la brève phase matérialiste du XVIIIe à nos jours n'est qu'une mauvaise passe qui nécessairement sera surmontée.

    Les religieux ne cessent de répéter cela depuis Hegel mais on peut sérieusement douter que cette prédiction se réalise. La religion et même les pires sectes continueront de prospérer pendant des siècles (et les sectes idiotes comme le Mormonisme ou la Scientologie réussiront même à faire oublier leurs origines récentes où la fraude de leurs inventeurs peut encore se vérifier si directement), nous resterons archaïques dans nos peurs et nos boucs-émissaires, mais on peut espérer malgré toutes les tentatives pour détruire l'éducation qu'il n'y aura plus vraiment de domination intellectuelle des contes. Le mythe est toujours très attirant ou il peut être aimable, mais il n'est plus crédible. Le plus plat des positivistes le savait déjà mais cela n'en est pas moins vrai. Je ne sais pas du tout si toute vérité doit percer mais celle-ci paraît difficile à refouler à nouveau, sauf en cas d'effondrement de toute civilisation.

    mardi 15 juin 2010

    dimanche 13 juin 2010

    Donjons & Dumézil



    La première version de D&D en 1973 n'avait que 3 Classes de Personnages : Combattant (Fighting-Man), Clerc (Cleric) et Magicien (Magic-User). On peut s'interroger sur l'origine de ces trois Classes d'aventuriers. Le Combattant et le Magicien sont assez faciles à identifier comme des héros fantastiques mais on peut un peu plus hésiter sur le Clerc. Le modèle semble avoir été l'Archevêque Turpin dans les Chansons de Geste carolingiennes (et donc dans Three Hearts, Three Lions, 1953 de Poul Anderson, qui y fait allusion et qui fut une influence majeure sur Gary Gygax). Le Clerc apparaît aussi comme une sorte d'intermédiaire entre le Guerrier et le Magicien, meilleur combattant que le Mage mais doté de pouvoirs divins qui ressemblent aux pouvoirs magiques. On remarquera que cette triade existe encore dans la 4e édition à travers la notion des trois "Sources de Pouvoirs" (Martial, Arcane, Divine).

    Mais cette distinction ne semble pas bien correspondre aux trois fonctions de la mythologie indo-européenne de Georges Dumézil. Le modèle dumézilien a montré à travers de multiples exemples allant des cycles irlandais au Mahābhārata indien qu'il devait exister un fond de structure sociale derrière de nombreux mythes archaïques des peuples partageant des langues et institutions indo-européennes. Les 3 fonctions sont :

    • La fonction magique-souveraine
    • La fonction guerrière
    • La fonction de fécondité
    Mais cela pourrait suggérer une autre hypothèse : le Clerc est avant tout celui qui soigne les autres, la pharmacie ambulante du groupe (de même que dans les épopées selon Dumézil, il y a souvent un Médecin aux côtés du Roi-Thaumaturge et du Guerrier, comme les jumeaux Nakula et Sahadeva dans le Mahābhārata). Le Clerc a le monopole des sorts de Soin alors que le Magicien n'y a pas droit. Cela pourrait en faire un représentant de la 3e Fonction. De même, son pouvoir d'exorcisme contre le Mort-Vivant le place aussi du côté de cette fonction vitale. Ce sera encore plus clair avec la classe du Druide (qui apparaît comme personnage jouable dès le Supplement III Eldritch Wizardry de D&D, et qui est censé soigner la Forêt).

    En revanche, en dehors des Magiocraties, la fonction de la Souveraineté ne semble pas très clairement liée au Magicien. Mais c'est souvent le cas dans les mythes : le Roi est un chevalier (2e fonction) qui a besoin d'un autre représentant de la 1e fonction pour l'investir (Merlin, par exemple).

    Une autre solution serait de refonder les trois classes pour accentuer la structure. Le Mage serait alors plutôt une sorte de Roi-Mage et le Clerc pourrait devenir un Médecin-Artisan.

    Cela pourrait aussi marcher pour un jeu de science-fiction avec une classe du Capitaine-Explorateur (ou Prince-Psi à la Dune), du Militaire et du Médecin-Ingénieur.

    Et que le plein Midi rayonnera pour tous



    Cette semaine, Frédérique Roussel de Libé a consacré un long article aux nouvelles (re)traductions des deux plus grands auteurs de science-fiction russe, les frères Arkadi et Boris Strougatski (avec un entretien avec Boris sur leur célèbre Stalker que Tarkovski retransforma en fable plus mystique).

    Mais l'article ne mentionne pas un trait intéressant de l'oeuvre des Strougatski : certains de leurs romans forment un univers cohérent, que les fans russes appellent le Monde du "Midi", du nom du premier recueil de nouvelle Midi au XXIIe siècle (Полдень, XXII век, j'ignore s'il a été traduit en français mais cet entretien avec Boris Strougatski mentionne comme titre français Le Retour).

    [Une des principales revues de SF en Russie s'appelle aujourd'hui Polden, XXI vek, Midi, XXIe siècle, en hommage à ce premier roman]

    Je suis allé à la librairie de science-fiction parisienne Scylla et j'ai pu y retrouver quelques traductions françaises d'occasion.

    L'Univers de Midi (voir le dossier sur Wikipedia) se déroule dans un futur proche (deux siècles) où il semble bien que le Communisme l'ait en partie emporté sur Terre. La rareté n'existe plus vraiment, on ne travaille donc plus pour le profit et l'Humanité se répand sans vrai but impérialiste, guidée surtout par le désir de connaissance (même si certains romans vont aussi présenter de manière plus dystopique les agences gouvernementales et les loisirs sans but d'une Humanité délivrée du travail). Ils découvrent d'autres mondes et espèces dont certaines semblent bien avoir été implantées là par des êtres étrangers qu'on appelle "Les Pélerins" (Странники).

    Le COMCON chargé des relations avec les races extra-terrestre a aussi mis en place une nouvelle technique plus audacieuse encore que la Psychohistoire d'Asimov : "l'Histoire Expérimentale", qui consiste non pas à prédire l'Histoire mais à agir dessus. Les "Progresseurs" sont des agents envoyés vers les autres mondes pour tenter de manipuler leur histoire et de les faire progresser.

    Une partie infime des Humains (moins d'un pour dix millions) commence à développer des pouvoirs télépathiques (c'est parmi eux que nait le groupe des "Ludens" (jeu de mots sur "liud", gens, et "Homo ludens", jouant), des mutants qui prennent leur distance vis-à-vis de l'Humanité) et on a même retrouvé sur un monde plusieurs embryons qui semblent humains mais qui ont été manipulés par les Pélerins.


  • Dans le premier recueil des nouvelles Midi au XXIIe siècle (publié en 1961 et étendu en 1967), on découvre plusieurs xénobiologistes et explorateurs qu'on retrouvera dans les romans suivants. Les principaux personnages reviennent sur Terre après un accident spatial qui les a décalés dans le temps, ce qui permet de redécouvrir un monde qui a beaucoup changé et où les manipulations des Pélerins commencent à apparaître.

    Les histoires décrivent diverses inventions nouvelles du XXIIe siècle et la Terre commence à être capable de "coder" des Humains dans un Ordinateur (ce qui pour un roman des années 60 me paraît plutôt en avance sur les thèmes du Mind Uploading dans la philosophie anglo-saxonne, même si le philosophe suédois Bertil Mårtensson en fait le sujet d'un roman dès 1968).

  • Dans le roman suivant, Tentative de fuite (Попытка к бегству, 1962), un autre groupe de héros explorent en 2141 la planète Saula, nommée ainsi pour son découvreur Saul Repnin, un survivant de la Shoah déplacé dans le temps. Saula est un monde primitif mais il y circule des véhicules qui semblent avoir une sorte de mouvement perpétuel et qui seraient des traces des Pélerins. Les explorateurs tentent d'intervenir dans le cours de la société saulienne mais échouent.

  • Le roman suivant, L'Arc-en-ciel lointain (Далёкая Радуга, 1963, traduit en 1982) décrit la planète Arc-en-Ciel, station scientifique où les physiciens étudient le "Transport-Zéro", une sorte de téléportation instantanée à travers l'espace riemannien. L'expérience semble conduire à une catastrophe, une Onde dévastatrice, mais le roman parle plus des réactions humaines que du résultat physique qui reste indéterminé.

  • Il est difficile d'être un Dieu (Трудно быть богом, 1964, traduction 1973) est le roman le plus célèbre des Strougatski à l'exception de Stalker. Il introduit dans l'Univers du "Midi" les agents Progresseurs. Anton est un Progresseur envoyé sur le monde primitif humain Arkanar. Sa tentative d'empêcher une dictature fasciste va échouer de manière désastreuse.

  • Dans Perturbations (Беспокойство, 1965), les Humains tentent de coloniser Pandora, une planète recouverte de forêts et de formes de vie énigmatiques. Le héros épousera une humanoïde locale nommée "Nava" mais finalement tout l'écosystème se montrera trop dangereux pour les humanoïdes. On notera quelques coïncidences avec Avatar de James Cameron, notamment le nom de la planète (mais le modèle de cet écosystème est peut-être le Solaris de Stanisław Lem publié en polonais en 1961.

  • L'Île Habitée (Обитаемый остров, 1971, traduction 1980) introduit l'un des principaux héros du cycle, Maxime Kammerer, un Progresseur. Il est naufragé sur la planète Saraksh, un monde à la techologie un peu arriérée (niveau XXe siècle), hyper-pollué, radioactif et dictatorial. Les Humains locaux majoritaires y vivent avec une race de chiens mutants macrocéphales intelligents, les "Céphalards" (голованы). Le scénario semblerait ressembler aux échecs du précédent, si ce n'est que cette fois, Maxime va découvrir qu'il doit lutter en fait contre une autre intervention de Progresseurs.

  • Dans Le Petit (Малыш, 1971, non-traduit ?), les Humains décident d'organiser en 2160 un grand exode des habitants de Panta (qui va bientôt être détuite) pour les abriter vers la planète baptisée "Arche" et qu'on croit complètement inoccupée bien qu'elle soit parfaitement habitable. On retrouve l'épave d'un vaisseau humain et un enfant étrange qui semble avoir survécu seul, élevé sur Arche. Finalement, les Humains vont finir par découvrir les formes de vie autochtones d'Arche, extrêmement peu intuitives car elles n'apparaissent jamais, si ce n'est par des constructions d'antennes d'un kilomètre, ce qui fait un peu penser aux bd récentes Aldebaran et Betelgeuse.

  • Un gars de l'enfer (Парень из преисподней, 1974, traduction 1977) montre pour une fois une intervention des Progresseurs qui a réussi. Ils sont intervenus sur la planète Giganda pour mettre fin à une Guerre totale mais le ton réussit quand même à être doux-amer. L'histoire va être vue par un guerrier de Giganda, qui n'arrive jamais à croire que les Terriens puissent être aussi désintéressés dans leurs intentions. Un des héros est un Progresseur qui est aussi un Humain manipulé par les Pélerins, un des "Enfants-Trouvés" qui vont être le sujet du roman suivant.

  • Le scarabée dans la fourmilière (Жук в муравейнике, 1979, traduction 1982) se déroule en 2178. Maxime Kammerer, l'agent dans l'Île Habitée, enquête sur plusieurs Progresseurs et découvre le secret des Enfants-Trouvés. Une théorie est que les Pélerins ont eux-même choisi de "faire progresser" l'Humanité depuis très longtemps comme l'Humanité le fait désormais avec les autres planètes. Après hésitation, on a décidé de ne pas tuer ces Enfants Trouvés mais le COMCON se méfie d'eux.

  • Les vagues éteignent le vent (Волны гасят ветер, 1985, traduction 1989) est le dernier roman du cycle du Midi. Ce sont les dernières mémoires de Maxime Kammerer et elles portent sur son assistant, Toivo Gloumov, fils de Maya Glomouva (une scientifique qui apparaît dans les romans précédents). Le livre traite aussi des "Ludens", les Post-Humains qui semblent issus de manipulations des Pélerins. On y expose une théorie téléologique (le "Monocosme") qui prévoit que toute forme de vie tend vers l'unification des Intelligences, les Pélerins ayant peut-être pour but de sélectionner dans les autres espèces ceux qui deviendront de futurs Pélerins.

    Arcadi étant mort en 1991, la série des romans du Midi semble terminée. Certains autres romans sont considérés comme se déroulant dans le passé de cet univers, dans la conquête du système solaire, mais ils sont de la Hard SF très peu reliée aux thèmes du monde de Midi.


  • Les commentaires sur les Strougatski se concentrent souvent surtout sur la parabole politique d'auteurs soviétiques. La science-fiction se déroule dans un monde où le Communisme l'a emporté et pourtant on ne cesse de se moquer directement des agences gouvernementales et des vanités d'une philosophie de l'Histoire.

    Mais on peut aussi y voir, du point de vue de l'écriture d'une "Histoire du Futur", une sorte de Space Opera qui a su tenter, avant même le célèbre cycle anarchiste-utopique de la Culture de Iain Banks, de construire des récits qui ne soient pas fondés sur l'impérialisme et l'économie.

    Le même problème travaillait parfois la série Star Trek de Gene Roddenberry mais le projet avait des scénaristes plus hétérogènes, les guerres impérialistes redevenaient vite un thème. Le XXe siècle a graduellement abandonné le genre de l'Utopie et notre goût le trouve ennuyeux mais les Strougatski maniaient les Dystopies avec un peu plus de subtilité quel que soit le cadre du totalitarisme qu'ils connaissaient directement.

    Boris Strougatski semble d'ailleurs curieusement être devenu bien plus pessimiste maintenant qu'il ne croit même plus à une possibilité de conserver du communisme la possibilité utopique d'une civilisation qui aurait dépassé l'Argent et la Division du Travail.

    On peut trouver en français un article de la revue Lunatique sur l'oeuvre des frères Strougatski.

    mardi 8 juin 2010

    Filtres et agnotologie



    Sophie Bouchet-Petersen, l'auteure de discours de Ségolène Royal, est tombée dans le piège de Léon-Robert de l'Astran (dont elle dit qu'on "aurait souhaité qu'il existât"), un fils d'armateur imaginaire qui aurait ensuite refusé l'esclavage.

    Sa page Wikipedia a été effacée mais cela ferait trois ans que ce faux personnage "existerait" sur l'encyclopédie.

    Léon Robert de L'Astran, né le 20 janvier 1767 à La Rochelle et mort le 7 avril 1861 à La Rochelle, est un naturaliste et savant qui effectua plusieurs voyages aux Amériques dont un avec La Fayette, à bord de la Frégate Hermione.

    Grand humaniste et fils de René-Charles de l'Astran-Rochambault-d'Hoyen, un armateur rochelais ayant fait fortune dans le commerce de fèves de cacao et de noix de kola avec la Guinée équatoriale, il s'oppose fermement à la traite des noirs et refuse que les navires dont il hérite de son père soient utilisés pour cela.

    En 1780, alors qu'il n'est âgé que de 13 ans, il embarque sur la Modoquasi à destination de l'Amérique Centrale, où il assistera Marie-Dominique de la Fouchardière (future mère d'Eugène Fromentin) dans son travail de botaniste en se chargeant de la collecte des espèces végétales. Lors du voyage de retour, une mutinerie éclate, et le capitaine Joseph Mariani, ami intime du père de Léon Robert, se voit contraint de le protéger, ainsi que Marie-Dominique de la Fouchardière, dans son carré de capitaine.

    Finalement, le bateau arrive à Nantes en 1783, et René-Charles de l'Astran-Rochambault-d'Hoyen accepte de payer la solde de tous les membres de l'équipage en échange du retour du bateau à La Rochelle.

    C'est un peu trop romanesque mais cela paraît quand même moins directement ridicule que la vie de Botul qui avait égaré un essayiste renommé pour ses chemises. Ce M. de L'Astran ferait penser à une version plus aventureuse d'un Louis de Jaucourt.

    J'imagine que n'importe qui aurait pu se fier à ce même mythe sans penser à ce qu'ont fait les éditeurs de Wikipedia, chercher sur GoogleBooks pour vérifier s'il y avait une seule source non-Internet. Mais si l'entrée était restée suffisamment de temps ou si le sujet avait été plus récent, GoogleBooks aurait-il pu être un filtre efficace ?

    Add. Cf. la discussion dans le "Bistrot" du Wikipedia : l'auteur de l'entrée aurait été de bonne foi et aurait recopié une notice du Rotary Club. Le canular aurait donc une origine plus ancienne.

    dimanche 6 juin 2010

    Deux jeux de société coopératifs



    Voir le portrait des jeux coopératifs purs que fait le créateur de jeu Bruno Faidutti. Les jeux coopératifs purs ne supposent pas seulement que certains joueurs coopèrent contre d'autres ou bien qu'ils coopèrent tout en cherchant à dépasser les autres (comme le jeu Republic of Rome, où je n'ai jamais réussi à sauver Rome contre Carthage dans le scénario des Guerres Puniques malgré le fait que nos Sénateurs ne se tiraient absolument pas dans les jambes). Il s'agit seulement de réussir à gagner contre le jeu lui-même.

  • Nous avons fait une partie de Pandémie (jeu canadien de Matt Leacock, 2008), où tous les joueurs sont alliés pour essayer d'empêcher l'expansion de plusieurs foyers épidémiques. Au début, on tire au hasard plusieurs épidémies à travers le monde et les joueurs, qui ont chacun une capacité spéciale, doivent chercher à combiner leurs stratégies de manière optimale pour éradiquer les épidémies en un nombre limité de tours. Il y a des options plus complexes dont l'une sort même du jeu coopératif en introduisant en plus un joueur "bio-terroriste" qui cherche à faire gagner une épidémie avant de se faire capturer par les autres.

    C'est un jeu de gestion de ressources car les cartes de villes peuvent permettre soit de se déplacer plus vite vers les centres de contamination, soit d'être utilisées pour trouver le remède au virus. Il faut donc à chaque fois faire un choix rapide pour savoir si on aura le temps d'accumuler les combinaisons de ressources à temps pour trouver le remède avant que tout le monde ne perde.

    Le matériel est austère et "sobre", dans le genre jeu de société à l'allemande, et il n'est pas toujours vraiment évident de gagner sans certaines capacités (comme le Médecin tout simplement). Mais l'aspect angoissant de course contre la montre est bien rendu (et cela devait être encore plus tendu pendant notre phase de paranoïa collective sur H3N1 en 2009).




  • Ghost Stories (du très doué Antoine Bauza, qui a aussi développé les premiers jeux de rôle pour enfants, Contes Ensorcelés)est un peu le contraire du point de vue de la présentation, avec du matériel magnifique et très varié (fantômes et moines, statuettes du Bouddha, jeton Tao, mantra d'exorcisme, etc).

    On joue des Moines comme dans les films de Hong Kong Chinese Ghost Story et on doit exorciser plusieurs spectres qui viennent hanter dans un village et qui annonce le retour d'un spectre-démon bien plus puissant, Wu Feng. Les quatre moines (Bleu, Rouge, Jaune, Vert) ont chacun leurs propres capacités et les fantômes sont joués uniquement par les règles de tirages de cartes (lors de la phase dite "Yin", la phase "Yang" étant celle du joueur qui doit réagir face à ces fantômes).


    Le jeu m'a paru très difficile car nous avons tous perdu assez vite devant l'invasion des fantômes, sans même que le dangereux Wu Feng n'ait le temps d'arriver. Je recommande donc d'utiliser votre Qi (Force vitale) et surtout votre Tao sans l'économiser.

    Une originalité est qu'il est possible d'y jouer à moins que 4 et même en Solo (avec quelques aménagements pour donner une chance aux Moines). Le jeu est très séduisant et il y a plusieurs trouvailles qui permettent de s'immerger dans le thème du jeu (alors qu'au contraire les jeux de société allemands, si fonctionnels, me semblent souvent trop abstraits dans leur traitement de leur prétendu "thème").

    Add. D'après des commentaires sur Boardgamegeek, il serait assez normal de perdre les 4-5 premières fois qu'on joue à Ghost Stories le temps de s'adapter.
  • samedi 5 juin 2010

    Citation perdue retrouvée



    Des listes de citations mal attribuées (dont celle de Wikipedia) me disaient que la célèbre phrase "La Fin justifie les Moyens" ne se trouvait pas du tout dans Machiavel et je commençais à me demander si c'était une légende urbaine (comme la célèbre "Je ne suis pas d'accord avec vous mais me battrai jusqu'à la mort pour votre droit de le dire). A la lettre, elle n'y est pas, mais il y a au minimum une expression proche dans le chapitre XVIII du Prince :

    ...e nelle azioni di tutti gli uomini, e massime de' principi, dove non è iudizio a chi reclamare, si guarda al fine.
    Facci dunque uno principe di vincere e mantenere lo stato: e' mezzi saranno sempre iudicati onorevoli e da ciascuno laudati.


    Dans les actions de tous les hommes, et surtout des Princes, où il n'y a pas de tibunal où on puisse faire appel, on ne considère que la Fin. Car si un Prince fait en sorte de vaincre et de maintenir l'Etat, les moyens seront toujours jugés honorables et approuvés de tous.

    Je crois que je vais désormais m'accorder le raccourci pédagogique que l'idée s'y trouve presque telle quelle.

    La Nuit dantesque de la BD



    Trop de Nuits.

    La Galerie Slomka (sur le marché speculatif des planches originales du Neuvième Art) organise la Nuit Dantesque ce soir (en fait depuis une heure...), avec la présence d'Uderzo.

    La Rue Dante, ancienne continuation de la médiévale Rue du Fouare dans le Quartier Latin et rebaptisée en l'honneur du Toscan qui y aurait reçu un enseignement d'averroïstes parisiens, a le plus grand nombre de librairies de BD de Paris avec les librairies Album (qui se sont certes regroupés maintenant plus haut vers le Boulevard Saint-Michel et ont repris l'ancienne librairie Glénat), la librairie Aapoum Baapoum, Rackham, Pulp's, etc. Le 5e n'est donc plus seulement une suite de Vieux Campeurs et de boutiques de fringues, les librairies spécialisées de BD ont l'air de tenir mieux que les librairies traditionnelles.

    Die Eule der Minerva beginnt erst mit der einbrechenden Dämmerung ihren Flug


    La Nuit de la Philo hier à l'ENS de Paris imitait (sans trop insister dessus) la Nuit de la Philo créée au Canada à l'UQAM. Il s'agissait de reprendre le festivisme spectaculaire en mettant des conférences et des lectures publiques de textes.

    Lorsque Platon parle d'un "Conseil Nocturne" (νυκτερινός σύλλογος) qui devra contrôler la Cité Idéale de Magnésie (Les Lois, X-XII, notamment X, 909a), il s'agissait un peu de Censeurs (l'institution d'un éphorat au-dessus des Gouvernants). La Nuit semblait donc recouvrir du secret et de la quiétude de l'opacité. In der Nacht sind alle Kühe schwarz. Ces Juges, Savants et Enseignants (près de la Prison du "Sophronistère") se réunissent au crépuscule après l'affairement pour surveiller les autres magistrats et les évolutions de la Cité crétoise, comme un obscur Cabinet des Eminences Grises (même si certains interprètes n'y voient qu'une cérémonie purement formelle sans pouvoir politique).

    Ici, la Nuit n'est plus le secret ou le silence. La Nuit semble au contraire symboliser les Portes Ouvertes au Grand Public, la Transparence transfigurée du loisir débraillé, le spectacle dévoilé dans la pénombre. L'ENS est devenue un peu plus fermée le jour mais elle accepte des Saturnales d'une ouverture de nuit. L'austère recherche rébarbative doit avoir lieu le jour car le jour c'est le Travail et la recherche n'est plus conçue comme σχολή. Et le soir est le délassement, le passage de séries télévisées et de réflexions sur Woody Allen après le coucher du soleil.

    [Malheureusement, l'escroc prétendu sociologue Michel Maffésoli a discrédité pour longtemps le terme vague de "dionysiaque" et je n'ose donc pas me servir d'une opposition nietzschéenne entre le jour apollinien et un mini-Apéro ou symposium nocturne. ]

    Il n'y a nulle condescendance dans mes propos (même si l'écriture des odieux pseudonymes n'arrive jamais à se défaire d'ironie). On a du mal à concevoir comment cela pourrait être autrement ou pourquoi la Nuit de la Philo devrait fuir l'humour. Ces Nuits et ce Festivisme contemporain sont vraiment distrayants à un certain degré même s'il y a quelque chose de surprenant à voir beaucoup plus de monde venir voir des conférences moins confortables à des heures décalées. J'avais d'ailleurs eu vaguement l'intention d'y participer mais mon indolence l'avait emporté sur tout pseudo-scrupule anti-festiviste des néo-Cyniques. J'ai quand même de l'admiration pour certains philosophes qui ont accepté de prononcer une Conférence à 4 heures du matin devant quelques derniers insomniaques et somnambules. Mon amour de la sagesse n'atteindrait jamais un tel héroïsme.

    A l'entrée, on distribuait des badges colorées Nuit de la Philo avec le Panthéon. On projetait des Twitters avec le mot-clef "#ENS" qui contenait le programme de la Nuit et des Twitters du genre "ça va emballer sec à la nuit de la philo". Une projection d'images et d'ombres sur un mur, cela ne peut qu'être saisissant dès l'entrée dans la Caverne. Mais les sophistes y sont aussi des marionnettes.

    Le pays de la Canicule de 2003 semble un peu traumatisé et il y avait des distibuteurs d'eau un peu partout.

    On ne peut pas reprocher à Monique Canto-Sperber, l'ancienne specialiste de Platon et directrice de l'ENS, de ne pas avoir un carnet d'adresses médiatiques et de ne pas avoir su faire parler de la Nuit (il paraît que même la télévision l'avait mentionnée). Des élèves aigris ne cessaient de se plaindre qu'en bonne dialectique trop de succès "nuit" au succès.

    Les salles Dussane, Weil et Celan étaient déjà pleines à craquer. Même les orateurs avaient du mal à entrer et les horaires tardives se décalaient. La température empêchait de demeurer. En revanche, la salle Beckett avec une diffusion enregistrée du Banquet de Platon était vide. Certains élèves d'Hypokhâgne du coin à qui j'avais donné des colles sont aussi venus écouter André Glucksman mais ma tolérance envers les sympathisants du Néo-Conservatisme a des limites.

    Il semblait qu'il y avait beaucoup de discours sur le "Care" (le concept de sollicitude sexualisé qui oppose les principes moraux abstraits et une empathie intersubjective). Ces Nuits du Care s'expliquaient peut-être parce que les philosophes français espèrent des places autour d'une éventuelle alternance en 2012.

    Le plus décevant était les lectures en direct dans la Cour aux Ernests. Malgré les micros, je crains que l'acoustique de cette agora ne soit vraiment pas optimale à quelques mètres.

    mardi 1 juin 2010

    Comptes et raisons



    Monsieur Aphatie, un "commentateur" qui donne tous les soirs des leçons d'austérité budgétaire en raison de ses connaissances si profondes de l'économie, s'est moqué de Martine Aubry qui disait "ne pas avoir comparé Sarkozy à Bernard Madoff". Pour Aphatie, cela ne pouvait qu'être un mensonge d'autant plus ridicule que nous l'avions tous entendue le faire !

    Je ne saurais pas juger de l'opportunité des propos écrits par Guillaume Bachelay qui rédigea, dit-on, ce discours, mais au sens strict, le problème est qu'en effet Aphatie avait entendu mais pas compris. Elle déclara en effet :

    J'ai un peu l'impression, quand Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, c'est un peu Monsieur Madoff qui administre quelques cours de comptabilité

    Elle n'a donc pas dit que notre Président était directement similaire à l'escroc fraudeur, seulement que lorsqu'on l'entend parler de maîtrise budgétaire alors qu'il les fit exploser comme ministre du Budget en 1993-1995 puis comme Président de la République, ce serait comme si le fraudeur Madoff donnait des cours de comptabilité.

    C'est donc une analogie à quatre termes (Sarkozy/s'il sermonne sur le budget = Madoff/s'il enseignait la comptabilité) plus qu'une comparaison (même si j'imagine que la figure de la comparaison peut avoir plusieurs définitions assez vagues selon les cours de rhétorique et qu'elle présuppose bien une analogie).

    Si elle avait fait une ellipse de certains termes en parlant d'un "Madoff de la maîtrise budgétaire", elle aurait métaphorisé ou bien fait un kenning qui aurait certes fortement ressemblé à une comparaison.

    La seule faute de goût d'Aubry a peut-être été de réagir comme si Sarkozy n'avait pas le droit de critiquer Mitterrand, alors qu'il eût été plus amusant de n'insister que sur sa contradiction : Sarkozy avait prétendu par le passé soutenir cette réforme populaire de Mitterrand, il avait même dit l'avoir "votée" (alors que c'était plusieurs années avant qu'il ne devienne député).

    Mme Nadine Morano, la Lefebvre de Lorraine, a été scandalisée par une telle violence symbolique et a demandé la démission de Mme Aubry.

    Morano, la Tamerlan de Toul, la Palin de Paris, est en effet très bien placée pour demander une telle modération.

    Add.

    Le porte-parole de l'UMP, M. Frédéric Lefebvre (le Morano des Hauts-de-Seine) aurait rétorqué avec un esprit de la répartie enviable que M. le Président, lui, n'a pas été condamné à 150 ans de prison.






    Soit.



    Add.

    De mieux en mieux.

    Bernard Tapie
    a été scandalisé par l'analogie et l'a critiquée en disant que personne ne pourrait reprocher à Nicolas le moindre conflit d'intérêt. Il est des plaidoiries où l'identité du défenseur contredit aussitôt sa tentative.

    Cimeterre éternel



    Dans un accès d'hystérie anti-musulmane contre un centre culturel, la blogeuse de droite très raisonnable Pamela Geller (qui avait déjà payé une campagne de publicité pour ceux qui voudraient quitter l'Islam) veut manifester les défauts de rendre l'Histoire optionnelle dans l'enseignement :

    Pamela Geller, whose blog is devoted to raising the alarm about radical Islam, said on CNN the other day that instead of the community center, a monument should be built to "victims of hundreds of millions of years of jihadi wars, land enslavements, cultural annihilations and mass slaughter."

    La Randienne ne doit pas chercher à confirmer des théories coraniques qui imaginent que le Prophète ne faisait que restaurer l'Islam originel d'Adam. Cela ne cadrerait de toute manière guère avec les chronologies bibliques même si on compte les jours de la première Semaine en millions d'années.

    "Millions d'années" est donc peut-être une référence à des "éons" plus ou moins gnostiques ? Le Coran est certes censé être lui-même co-éternel à la divinité (sauf pour le motazilisme, conforme à une sorte de narcissisme aristotélicien, pour lequel cet Objet externe éternel de Sa Pensée suffirait à ruiner Son unicité divine).

    Add.


    Une autre interprétation, le Croissant sous le Crétacé :


    Moins de sources que Raptor Jesus pour l'instant.

    Lente reprise des opérations




    Le blogage, c'est comme la bicyclette (du moins, je crois), la flèche de Zénon ou les coups de communication sarkozienne, c'est en danger dès que cesse le mouvement continu.

    Merci à ceux qui m'ont écrit pour s'inquiéter, et désolé de n'avoir pas pris le temps de revenir avant. Le cycle vicieux de la procrastination et de la culpabilisation vis-à-vis de la fin de l'année scolaire n'est pas encore complètement terminé (mes élèves ont eu leurs copies mais pas encore de corrigés complets) mais au moins j'ai pu éviter de ne dire que des banalités sur les élections britanniques.

    Pour me faire pardonner, ce madrigal de Thomas Morley, "Now is the Month of Maying" vers 1590. Parce que to june n'a pas l'air d'être un verbe.